Le gouvernement ivoirien et les acteurs de la filière café-cacao ont lancé, ce jeudi 26 février 2026, l’Initiative Cacao Carbone+, un programme ambitieux visant à transformer les vergers en agro-forêts et à générer plus d’un milliard de dollars de revenus carbone.
Le défi est colossal pour le premier producteur mondial de cacao : la Côte d’Ivoire a perdu 80 % de son couvert forestier en six décennies. Face à cette urgence environnementale qui menace les revenus de 5 millions de personnes, le Conseil du Café-Cacao instaure désormais un cadre de gouvernance unique pour l’agroforesterie.
Patricia Assamoi-Ouffoué, directrice adjointe en charge de la Recherche au Conseil Café-Cacao, a dévoilé les ambitions nationales : la conversion de 2,5 millions d’hectares en systèmes agroforestiers résilients d’ici 2035. Ce projet prévoit le planting de 100 millions d’arbres au cœur des parcelles cacaoyères et caféières.
L’enjeu n’est pas qu’écologique, il est aussi financier. « L’objectif est d’atteindre 1,25 milliard de dollars de revenus carbone à long terme », a précisé Mme Assamoi-Ouffoué. Ce mécanisme doit permettre de diversifier les sources de revenus de 750 000 producteurs bénéficiaires directs, tout en garantissant un cacao « zéro déforestation ».
Cette première Assemblée plénière de la Plateforme nationale de coordination des initiatives d’agroforesterie, tenue les 25 et 26 février 2026, a permis de définir une stratégie qui s’articule autour de quatre composantes clés.
Selon Patricia Assamoi-Ouffoué, la première composante est la gouvernance harmonisée avec l’ensemble des parties, un cadre sectoriel pour éviter les risques de dispersion. La seconde concerne les Projets carbone à haute intégrité, ce qui implique le respect des standards environnementaux et sociétaux.
La troisième composante est l’inclusion et le partage, dans l’optique de garantir que les bénéfices financiers parviennent réellement aux producteurs, tandis que la 4e composante, elle, concerne la valorisation stratégique, visant à positionner la Côte d’Ivoire comme leader du cacao bas-carbone.
Le déploiement de l’Initiative Cacao Carbone+ devrait se faire progressivement, débutant par une phase de faisabilité de huit mois, suivie d’une phase pilote (6 à 36 mois) dans deux ou trois zones représentatives avant une mise à l’échelle globale.
Présente lors de cette assemblée, Blerta Cela, représentante du PNUD en Côte d’Ivoire, a salué ce « cap franchi » qui apporte de la cohérence aux actions climatiques. Elle a toutefois rappelé que l’intégration du genre et la transformation locale des résidus de cacao restent des chantiers à explorer.
Pour Wahatami Coulibaly, représentant le directeur général du Conseil du Café-Cacao, cette initiative vise à « mieux coordonner les initiatives d’agroforesterie et les projets carbone dans la filière café et cacao. »
« Le lancement de cacao carbone+ constitue une étape majeure dans le cadre de notre collaboration, il traduit notre volonté de structurer la valorisation carbone de la filière café-cacao avec un objectif central : générer des bénéfices concrets pour les producteurs », a-t-il déclaré.
En institutionnalisant la valorisation carbone, lors de cette première Assemblée plénière de la Plateforme nationale de coordination des initiatives d’agroforesterie, le pays espère pérenniser la filière cacao, qui représente 15% du PIB et 40% des exportations nationales.
AP/Sf/APA






