Le secteur de la mode ivoirienne entame sa révolution digitale. La Commission économie numérique et entreprise digitale de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) a organisé, le 10 juin 2026 à la Maison de l’Entreprise, un atelier stratégique dédié aux industries culturelles et créatives numériques.
Initié en collaboration avec l’Initiative AFRO VFX, dans le cadre de l’événement annuel « Lissolo 2026 » (ou Lissono), ce rendez-vous a permis de former gratuitement des jeunes créateurs ivoiriens à la mode numérique, ou digital fashion.
L’enjeu économique est colossal pour le continent. Lors de son discours d’ouverture, Ismaël Fanny, représentant de la CGECI, le Patronat ivoirien, a rappelé un constat alarmant : bien que l’Afrique soit le poumon créatif du monde, elle ne capte qu’à peine 2,5 % des revenus d’un marché mondial des industries créatives qui dépasse les 3 000 milliards de dollars.
La mode digitale propose aujourd’hui un marché mondial de 300 milliards de dollars, avec un potentiel latent estimé à plus de 15 milliards de dollars pour l’Afrique. Pour la Côte d’Ivoire, l’intégration de la conception 3D et du prototypage virtuel est devenue une priorité pour sortir le secteur d’un modèle artisanal souvent informel.
« Pour les entreprises, nous sommes là pour vous accompagner », a rassuré Ismaël Fanny, rappelant le succès d’une synergie similaire déjà opérée avec l’Initiative AFRO VFX dans le domaine du cinéma.
Animée par Dédy Bilamba, cofondateur de l’Initiative Afro-VFX, la formation pratique a brisé les barrières techniques classiques de l’industrie textile. Les outils logiciels enseignés permettent aux jeunes stylistes de visualiser leurs œuvres sans contrainte financière.
« Aujourd’hui, ces logiciels sont des outils qui aident à la création et qui permettent de visualiser, de se projeter. Un jeune créateur qui n’a pas les moyens d’acheter des tissus, de faire du patronage, des prototypes, à la possibilité de ne pas se trouver limité », a souligné Dédy Bilamba.
En outre, le jeune créateur a « la possibilité de voir à quoi va ressembler son vêtement et encore plus il sera capable de présenter son vêtement au monde entier, peut-être même de les vendre avant même de les avoir produits physiquement », a-t-il ajouté.
Les jeunes créateurs de mode ont été formés sur deux logiciels, notamment Claude 3 D, un logiciel de modélisation et de visualisation des vêtements qui permet de coudre des vêtements numériques, de les faire porter à un mannequin et de les faire bouger comme dans la réalité, a expliqué Dédy Bilamba.
Ils ont aussi travaillé sur « le logiciel Substance 3D, développé par Adobe et qui permet de faire ce qu’on appelle la texture. Avec Claude 3D, ils ont créé des vêtements qui sont beaux, fonctionnels et qui répondent à la réalité, mais avec le logiciel Substance, ils recréent les matières », a-t-il dit.
Avec ces outils numériques, plus besoin d’acheter des tissus coûteux pour faire du patronage ou des prototypes physiques. Le créateur conçoit en trois dimensions, ajuste les formes et visualise le rendu final instantanément, a-t-il fait savoir.
Par ailleurs, les designers obtiennent la capacité de présenter leurs collections au monde entier et de vendre les vêtements en ligne, avant même de lancer leur fabrication physique, a renseigné expliqué Dédy Bilamba.
Au-delà de l’aspect commercial, cet atelier a mis en lumière un enjeu culturel majeur : la numérisation des étoffes locales. Dédy Bilamba a souligné que ces technologies permettent de recréer et d’intégrer le pagne tissé, le bogolan, le raphia ou le pagne Kita dans des bibliothèques numériques internationales.
Grâce à ce processus, les textiles traditionnels africains sont promus, préservés et entrent définitivement dans le patrimoine numérique mondial. L’objectif est clair : conquérir les marchés régionaux et internationaux via le digital fashion.
Satochi, un expert japonais, lors d’un panel, fait savoir que les industries créatives cibles deux cibles : la partie corporate et les clients. Il a insisté sur la propriété intellectuelle et des narratifs africains pouvant être transformés en de projets concrets pour attirer des investisseurs.
Il a encouragé les créateurs de mode à utiliser la plateforme en ligne « ANKA » pour vendre partout dans le monde à partir de l’Afrique. Cet espace permet de connecter les plateformes avec les entrepreneurs culturels.
Satochi a également noté qu’il est important d’avoir une communauté physique et virtuelle (Youtube, Facebook, Tik Tok) pour améliorer ses créations et ses styles au niveau de la mode, et avoir une visibilité complète de l’attente des consommateurs.
AP/APA






