Au moment où l’Afrique fait face à une insécurité alimentaire grandissante, le président sénégalais a rappelé, lors de l’AFSF- Dakar 2025, l’urgence d’investir massivement dans l’agriculture, convaincu que seule une mobilisation financière ambitieuse permettra de transformer le potentiel agricole du continent en véritable moteur de souveraineté et de croissance.
Le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye a lancé ce lundi un vibrant plaidoyer pour une mobilisation financière massive en faveur de l’agriculture africaine, lors de l’ouverture du 19e Forum sur les systèmes alimentaires africains à Dakar.
Face à une assistance composée de dirigeants et d’investisseurs continentaux, le successeur de Macky Sall a appelé à une véritable révolution des investissements agricoles pour faire de l’Afrique le grenier alimentaire mondial.
« Une telle démarche nécessitera la mobilisation de moyens conséquents », a déclaré le Président Faye en référence à la transformation agricole continentale qu’il appelle de ses vœux.
S’appuyant sur la déclaration de Maputo de 2023 qui recommande l’allocation d’au moins 10% du budget national à l’agriculture, le dirigeant sénégalais a exhorté ses homologues africains à respecter leurs engagements financiers envers ledit secteur.
Cette mobilisation budgétaire s’impose d’autant plus que l’Afrique fait face à un défi alimentaire majeur. Avec plus de 700 millions de personnes qui ont souffert de la faim dans le monde durant l’année précédente, en particulier en Afrique, selon les données de la FAO, le continent ne peut plus se permettre de sous-investir dans son agriculture.
Le Président Faye a averti que sans action immédiate, « plus d’un milliard de personnes seront sous-alimentées de manière chronique en 2030, et parmi lesquelles la moitié vivra en Afrique. »
L’agriculture, moteur de souveraineté économique
Face à cette menace, Bassirou Diomaye Faye estime que l’agriculture doit être repositionnée comme « le moteur central pour atteindre la souveraineté alimentaire, le développement économique et le bien-être des populations. »
Cette vision implique un changement radical de paradigme où l’agriculture n’est plus perçue comme un secteur de subsistance, mais comme un véritable levier de croissance économique et de création de richesses.
« Nous devons investir massivement dans la modernisation des outils et méthodes de production, le développement des semences et des spéculations adaptées au changement climatique, la maîtrise de l’eau, le développement des chaînes de valeur agricoles, notamment la transformation locale des produits ainsi que la digitalisation », a énuméré le Président Faye.
Pour illustrer sa vision, le chef de l’État a présenté l’expérience sénégalaise comme un exemple concret d’investissement agricole transformateur.
« C’est ce que nous faisons au Sénégal à travers la mise en œuvre de l’agenda national de transformation, dont l’agriculture est un des grands piliers », a-t-il expliqué, soulignant que son pays respecte l’engagement de Maputo en allouant au moins 10 % de son budget national au secteur.
A l’en croire, cette politique d’investissement se traduit concrètement par des modèles de production inclusifs et durables, tels que les coopératives agricoles communautaires, pour réduire notre dépendance aux importations de denrées de base.
Le Sénégal a également entrepris des réformes structurelles coûteuses, notamment la loi Sylvo-Pastoral, la régulation des importations et la transformation dans la gestion des intérêts agricoles, a fait savoir Diomaye Faye.
L’engagement financier sénégalais se matérialise aussi par des programmes de soutien à la production agricole, la construction d’infrastructures de stockage des récoltes et une politique ambitieuse de maîtrise de l’eau et de mécanisation agricole. Ces investissements massifs visent à moderniser entièrement l’appareil productif agricole national.
Rendre l’agriculture attractive pour les investisseurs
Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la nécessité de « briser le vieux mythe selon lequel l’agriculture est un secteur de survie réservé aux adultes sans perspective. » Cette transformation de l’image du secteur passe par des investissements structurels qui rendent « les campagnes plus attractives par leur désenclavement, l’accès aux services sociaux de base et les investissements mettant en valeur le potentiel économique de chacune d’elles. »
Cette approche vise à attirer non seulement les jeunes vers l’agriculture, mais aussi les capitaux privés.
Le dirigeant sénégalais a appelé à « encourager l’émergence d’un secteur privé fort, capable d’investir dans l’agro-business et d’approvisionner nos marchés domestiques et de vendre nos surplus à l’extérieur ». Il s’agit de créer un écosystème économique où l’agriculture devient un secteur d’investissement rentable et attractif.
Le Forum ayant pour thème « Jeunesse, moteur de la collaboration, de l’innovation et de la transformation des systèmes alimentaires », le Président du Sénégal a particulièrement insisté sur la nécessité d’investir dans la formation et l’accompagnement des jeunes.
« Pour faire de la jeunesse africaine le moteur du développement agricole, il nous faut assurer une éducation et une formation qui répondent aux besoins d’une agriculture moderne, intensive et durable », a-t-il déclaré.
Ces investissements dans le capital humain s’avèrent d’autant plus stratégiques que l’Afrique dispose d’un dividende démographique exceptionnel. Avec 60% de sa population qui a moins de 25 ans et des projections de 2,5 milliards de personnes en 2050, dont 600 millions de jeunes supplémentaires à l’âge de travailler, le continent dispose d’une force de travail considérable qu’il faut former et équiper.
« Nous sommes alors à un tournant décisif qui commande de mettre la jeunesse au cœur de nos politiques de développement », a-t-il souligné, appelant à des investissements massifs dans l’éducation agricole, la formation technique et l’accompagnement entrepreneurial des jeunes ruraux.
Valoriser le potentiel agricole exceptionnel de l’Afrique
Le plaidoyer du président Faye pour l’investissement agricole s’appuie sur un constat objectif du potentiel extraordinaire du continent. « Notre continent a tout le potentiel qu’il faut pour atteindre notre suffisance alimentaire. Mieux, avec ses atouts, l’Afrique pourrait contribuer à nourrir le monde », a-t-il affirmé avec conviction.
Ce potentiel se mesure d’abord par les ressources disponibles. Établi sur une superficie de plus de 30 millions de kilomètres carrés, le continent détient environ 65% des terres arables dans le monde et d’importantes ressources hydriques. Ces atouts naturels, couplés à la jeunesse de la population, constituent un capital productif exceptionnel qui ne demande qu’à être valorisé par des investissements appropriés.
Cependant, ce potentiel reste largement inexploité en raison du sous-investissement chronique. Le Président Faye a dressé un tableau saisissant de la réalité agricole africaine actuelle.
« Des millions de femmes et d’hommes sont dans les champs mais travaillent la terre à force de bras ou à l’aide de machines rudimentaires et ne peuvent compter que sur quelques mois », a-t-il relevé, illustrant l’urgence d’investir massivement dans la modernisation de l’agriculture africaine.
L’intégration économique comme levier de valorisation
Le chef de l’État sénégalais a également mis l’accent sur les opportunités d’investissement liées à l’intégration économique continentale. Il a appelé à la promotion du commerce intra-africain en saisissant les opportunités de la ZLECAf pour faciliter un accès rapide aux produits et leur écoulement.
Cette zone de libre-échange continentale africaine représente un marché de plus de 1,3 milliard de consommateurs qui peut justifier des investissements agricoles d’envergure.
Cette dynamique doit s’accompagner du « développement d’un secteur privé fort, capable d’accompagner les processus d’industrialisation par le développement des chaînes de valeur au niveau local », a-t-il indiqué. Il s’agit de créer un écosystème économique intégré où l’agriculture nourrit l’industrie agroalimentaire, créant ainsi de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés.
« Unissons nos volontés, mobilisons nos ressources et faisons de la création des systèmes alimentaires robustes le moteur de la renaissance africaine fondée sur la souveraineté et le développement partagé », a-t-il lancé.
Le dirigeant sénégalais s’est dit persuadé que notre jeunesse est prête pour relever ces défis. « Elle a l’énergie, elle a la créativité, elle a la détermination. À nous dirigeants de lui offrir les moyens d’agir. Ces derniers passent nécessairement par des investissements massifs dans l’éducation, la formation, les infrastructures et les technologies agricoles », a-t-il souligné.
Transformer l’agriculture en secteur d’avenir
L’objectif ultime de cette mobilisation financière est de « faire de l’agriculture un choix de carrière désirable pour les jeunes africains et de réaliser notre suffisance alimentaire. » Cette transformation nécessite de repenser entièrement la place de l’agriculture dans l’économie africaine, en passant d’un secteur de survie à un secteur d’innovation et de croissance.
Pour y parvenir, Bassirou Diomaye Faye a appelé tous les acteurs des systèmes alimentaires présents au Forum à « se mobiliser avec nous pour réussir ensemble le pari » de cette transformation. Cette mobilisation implique des partenariats public-privé renforcés, des mécanismes de financement innovants et une coordination continentale des politiques d’investissement agricole.
ARD/ac/Sf/APA






