Le gouverneur de Nioro a interdit le 28 août 2025 la transhumance et le pâturage des troupeaux étrangers, notamment en provenance de Mauritanie, face aux menaces djihadistes.
Le gouverneur de la région de Nioro a signé le 28 août 2025 une décision interdisant jusqu’à nouvel ordre la transhumance et le pâturage d’animaux appartenant à des ressortissants étrangers dans la région. Cette mesure, prise pour des raisons de sécurisation face à des menaces djihadistes croissantes, cible particulièrement les troupeaux en provenance de la Mauritanie.
La région de Nioro, située aux frontières du Mali avec la Mauritanie et le Sénégal, voit chaque année transiter environ 5 millions de têtes de bétail à travers les frontières, dont 70 % proviennent de Mauritanie. En 2023, environ 40 000 pasteurs ont accompagné 3 millions d’animaux à travers la région de Nioro, ce qui représente un poids économique majeur pour les populations locales. Le secteur pastoral est un pilier de l’économie malienne, représentant environ 19 % du PIB, avec 30 % de la population dépendante de l’élevage pour ses revenus. Cette interdiction, bien qu’essentielle pour la sécurité, pourrait perturber cette dynamique.
Cette zone frontalière est un axe stratégique pour l’approvisionnement en viande et lait dans toute la région. Le décret n° 2010-602/P-RM régissant la transhumance au Mali, tout en garantissant la mobilité des éleveurs, autorise la restriction temporaire de ces pratiques pour des raisons de sécurité. Cependant, les interdictions affectent directement le quotidien des populations, car elles réduisent l’accès à des ressources vitales pour les communautés. Si les autorités maliennes invoquent des raisons militaires légitimes, la dérégulation de la mobilité pastorale pourrait alimenter de nouvelles tensions entre agriculteurs et éleveurs sur les ressources naturelles disponibles.
Le secteur est déjà sous pression dans la mesure où en 2023, des centaines de milliers de têtes de bétail ont été déviées vers des itinéraires secondaires, causant des conflits locaux et des pertes économiques. Le Mali, qui compte plus de 15 millions de bovins et 35 millions de petits ruminants, reste un acteur clé du commerce transfrontalier du bétail, mais les tensions actuelles soulignent l’importance d’un modèle de gestion collaborative entre États voisins pour éviter un effondrement de la chaîne logistique pastorale.
MD/ac/APA







