L’Algérie peine à s’extirper d’un système gangrené par le blanchiment d’argent et les circuits financiers opaques, malgré l’adoption d’une nouvelle loi sensée sortir le pays de la liste grise du GAFI, qui fait débat.
Le 27 juillet, une nouvelle loi visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme a été publiée au Journal officiel. Ce texte, présenté comme un effort pour sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), dans laquelle le pays a été inscrit en octobre, apparaît toutefois davantage comme un affichage que comme une réelle volonté de réforme. Car derrière l’annonce, les doutes persistent sur l’efficacité d’un dispositif mis en place dans un système où corruption et impunité restent profondément ancrées.
La loi renforce notamment la surveillance des associations à but non lucratif, désormais tenues de justifier l’origine de tous leurs fonds, sous peine de sanctions pénales. Officiellement destinée à contrer le financement du terrorisme, cette mesure risque surtout de restreindre encore un peu plus un espace associatif déjà fragilisé, au lieu de cibler les véritables flux illicites souvent liés à des réseaux influents.
Autre point sensible : les cryptomonnaies. Leur minage, leur détention et leur utilisation sont désormais pénalement répréhensibles. Une interdiction qui illustre une volonté de contrôle total, au détriment de l’innovation, et qui isole encore davantage l’Algérie des dynamiques mondiales. Surtout, cette décision ne garantit pas une meilleure traçabilité des flux financiers, en particulier ceux qui circulent dans les sphères informelles ou au sein même de l’appareil étatique.
Le texte s’attarde aussi sur plusieurs professions jugées à risque — agents immobiliers, bijoutiers, marchands d’art, concessionnaires ou encore intermédiaires financiers — désormais soumises à une surveillance accrue de la part des ministères et autorités de régulation. Mais dans un contexte marqué par une opacité budgétaire chronique et l’absence d’instances de contrôle indépendantes, ces mesures risquent de s’appliquer de manière sélective, ciblant les petits acteurs plutôt que les bénéficiaires du système rentier.
Ce durcissement intervient alors que l’Union européenne a inscrit l’Algérie en juin sur la liste des juridictions à haut risque en matière de blanchiment. L’adoption rapide de cette loi semble donc répondre à des impératifs d’image, face à la menace d’un isolement accru sur la scène financière internationale. Le texte prévoit également le gel automatique des avoirs des personnes figurant sur les listes terroristes onusiennes, mais cette disposition, comme beaucoup d’autres, pourrait rester symbolique sans un engagement réel en faveur de la transparence et de la justice.
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