La Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) du Mali met en lumière les racines africaines des droits humains à l’occasion d’un panel organisé ce jeudi 15 octobre à Dakar, en marge de la 89e session de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP).
La rencontre de Dakar autour des racines africaines des droits humains vise à démontrer que les principes de dignité humaine, de solidarité, de justice et de paix sociale sont également ancrés dans les traditions et le patrimoine juridique africains.
Placée sous le thème « Les origines endogènes des droits de l’Homme au Mali », en marge de la 89e session de la CADHP, cette activité bénéficie de l’appui de l’ambassade du Royaume-Uni au Mali. Elle s’inscrit dans une démarche de valorisation des références historiques africaines pour favoriser une meilleure appropriation des droits humains par les populations.
Des valeurs ancestrales au service des droits humains
La Charte de Kurukan Fuga, la Charte des chasseurs du Mandé, les Manuscrits de Tombouctou et la Dina du Macina figurent parmi les sources historiques mises en avant par la CNDH. Ces références témoignent de l’existence de traditions africaines portant sur la protection de la personne humaine, la justice, la solidarité, la responsabilité collective et la préservation de l’environnement.
Pour la CNDH du Mali, leur valorisation constitue un moyen de déconstruire les préjugés présentant les droits humains comme une importation exclusivement occidentale. L’objectif est de montrer les convergences entre les valeurs socioculturelles africaines et les principes universels consacrés par les instruments internationaux et régionaux de protection des droits humains, notamment la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
Cette démarche intervient dans un contexte marqué par la crise sécuritaire, les violations des droits humains et la propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux, qui contribuent à entretenir une perception négative des droits humains.
Une étude suivie de campagnes de sensibilisation
Avec le soutien de l’ambassade du Royaume-Uni au Mali, la CNDH a réalisé une étude consacrée aux origines endogènes des droits humains dans le pays. Selon la note conceptuelle du panel, ce travail a permis de mettre en avant des références historiques et culturelles susceptibles de renforcer l’ancrage local des droits humains.
Parmi les principaux enseignements mis en avant figurent la présence, dans les traditions africaines étudiées, de principes relatifs au respect de la vie et de la dignité humaine, à la solidarité, à la justice, à la paix sociale, à la protection de l’environnement et à la bonne gouvernance.
La note conceptuelle souligne également que ces sources historiques restent insuffisamment exploitées dans les discours contemporains et les travaux de recherche sur les droits humains au Mali. Leur analyse et leur diffusion pourraient contribuer à mieux faire connaître les fondements culturels de ces droits et à renforcer leur acceptation au sein des communautés.
Dans le prolongement de l’étude, la CNDH a mené plusieurs campagnes de sensibilisation à travers le pays. Des messages tirés des sources endogènes ont été diffusés à la radio, à la télévision et sur les réseaux sociaux. D’après le document de présentation de l’activité, ces actions ont permis de sensibiliser plus d’un millier de personnes.
Il convient toutefois de préciser que les éléments communiqués ne détaillent pas les résultats chiffrés de l’étude elle-même, notamment les données relatives à la perception des droits humains avant et après les campagnes. Les constats présentés portent principalement sur les valeurs identifiées dans les sources historiques et sur les activités de vulgarisation réalisées.
La coopération africaine au cœur des échanges
Le panel réunit des représentants de la CADHP, des institutions nationales des droits de l’Homme, des universitaires, des organisations de la société civile et des partenaires techniques et financiers. Il vise notamment à encourager le partage d’expériences et à renforcer la coopération entre les institutions chargées de la promotion et de la protection des droits humains.
Lors de la cérémonie d’ouverture, la professeure Amsatou Sow Sidibé, présidente de la CNDH du Sénégal, a salué une initiative qui met en lumière la richesse du patrimoine historique et culturel malien et ouest-africain.
Elle a rappelé que les traditions africaines contiennent des principes convergeant avec les normes universelles des droits humains, notamment en matière de dignité, de solidarité et de paix sociale.
Elle a également souligné l’importance de la coopération entre les institutions nationales des droits de l’Homme, saluant l’engagement de la CNDH du Sénégal aux côtés de son homologue malienne dans l’organisation de cette rencontre.
De son côté, la CNDH du Mali entend inscrire cette initiative dans une dynamique continentale visant à promouvoir les droits humains à partir des réalités socioculturelles africaines, sans les dissocier des garanties universelles de protection de la personne humaine.
Au-delà de la valorisation du patrimoine historique, l’enjeu est de faire des traditions africaines un levier d’éducation aux droits humains, de lutte contre les préjugés et de consolidation de la cohésion sociale.
TE/Sf/APA





