La guerre au Soudan a transformé la frontière égypto-soudanaise en zone de tensions où l’exploitation clandestine de l’or alimente les trafics et les risques sécuritaires. Face à cette situation, Le Caire renforce ses opérations de contrôle tout en cherchant à préserver ses relations avec Khartoum.
Depuis le déclenchement en 2023 de la guerre civile entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les milices paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), la frontière de 1 276 kilomètres qui sépare l’Egypte de son voisin le Soudan a changé de nature. Les confins arides du désert oriental, dans la vaste région entre la vallée du Nil et la mer Rouge, autour de sites dispersés dans un relief montagneux, sont devenus le théâtre d’une ruée vers l’or informelle, transformant ces zones en espaces de circulation clandestine, mais aussi de confrontation.
Pour Le Caire, l’enjeu est avant tout sécuritaire. Lundi 12 octobre au soir, le porte-parole des forces armées a annoncé « la troisième phase de la campagne d’envergure visant à lutter contre les activités illégales de prospection de minerai d’or dans le désert oriental ».
Le communiqué précise que les forces armées et la police civile poursuivent cette opération « après avoir largué des tracts d’avertissement sur les éléments criminels présents dans la zone ».
Le Caire défend la légitimité de ses opérations de contrôle territorial, indiquant que la campagne vise à « imposer la pleine souveraineté de l’Etat égyptien à l’intérieur de ses frontières et à protéger ses ressources et ses richesses nationales », écartant explicitement toute violation territoriale du Soudan.
Le 10 octobre, une frappe aurait visé un site d’exploitation artisanale de l’or, selon les médias soudanais. L’épisode souligne une extrême volatilité, mais il n’est pas inédit.
En juin dernier, une vaste opération d’envergure avait eu lieu « contre plusieurs foyers criminels exploités par des organisations et des réseaux criminels pour exercer des activités illégales », disait un communiqué militaire à ce moment. Le texte citait le trafic de drogue et d’armes, l’extraction illégale d’or et l’immigration clandestine. Cette première vague s’était soldée par l’arrestation de 87 Egyptiens et 136 étrangers, selon les chiffres officiels, et la confiscation de sommes d’argent et d’armes.
Vu du Caire, il s’agit d’une « menace directe pour la sécurité nationale, en plus de ses impacts négatifs sur la stabilité économique, le climat d’investissement et les efforts de développement durable », d’autant que le vide sécuritaire soudanais favorise l’infiltration d’éléments criminels armés.
Privée de ses recettes pétrolières, l’économie soudanaise s’est repliée sur le commerce de l’or pour financer la guerre et les factions en combat. Et en l’absence totale de structures administratives soudanaises du côté sud de la frontière égyptienne, des civils y trouvent une opportunité.
Allié de l’Egypte, le président du Conseil de souveraineté soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhane, a annoncé la création d’une « commission composée de représentants du parquet, de la magistrature et des organes de sécurité » afin d’enquêter sur les circonstances de l’incident.
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