Le Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (CIRES) a réuni, ce jeudi 12 mars 2026, les acteurs publics et privés pour définir la stratégie de passage à l’échelle du projet TIKA, une innovation technologique visant à réduire la pénibilité du travail domestique non rémunéré en milieu rural.
Les parties prenantes, notamment l’administration publique, le secteur privé et la société civile, ont échangé, ce jeudi, lors d’un atelier sur la stratégie de mise à l’échelle du projet « Utilisation du four amélioré TIKA pour réduire la charge du travail domestique des femmes en milieu rural ivoirien ».
La charge des soins non rémunérés pèse lourdement sur les femmes rurales, en Côte d’Ivoire, atteignant environ 8 heures par jour, dont 4h30 à 5 heures consacrées à la cuisine. Pour réduire ce timing, le CIRES, avec l’appui financier du Centre de recherche pour le développement international (CRDI) du Canada, a initié le projet « TIKA ».
Selon Ibrahim Diarra, directeur du CIRES et coordinateur du projet « TIKA », cette initiative vise à « réduire les charges des femmes en matière de soins non rémunérés, spécifiquement sur le maillon cuisson », grâce à un four amélioré.
Triple impact : santé, environnement et économie
L’utilisation du four amélioré TIKA n’est pas qu’une simple évolution technique ; c’est un levier d’autonomisation. Pour Ibrahim Diarra, ce foyer permet aux femmes de gagner entre 30 minutes et 2 heures par jour, un gain de temps qu’elles peuvent transformer en opportunités économiques.
« Ce temps libéré permet aux femmes de s’investir dans des Activités génératrices de revenus (AGR) », explique-t-il. Le projet accompagne d’ailleurs des bénéficiaires via des formations en associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) pour garantir leur autonomisation financière à long terme.
Au-delà de l’aspect financier, le projet TIKA répond à des enjeux vitaux. Les foyers améliorés réduisent l’inhalation de fumées toxiques, l’empreinte carbone des ménages, offrent un gain de temps permettant une autonomisation des femmes, et une faible consommation de bois, freinant la déforestation.
Le CIRES appelle à une reconnaissance officielle des travaux domestiques non rémunérés. « Ce n’est pas une question de payer les femmes, mais de reconnaître la valeur de ce travail », a martelé Ibrahim Diarra, dans un plaidoyer.
Vers une stratégie nationale de mise à l’échelle
Initialement prévu pour 2 000 ménages, le projet a déjà touché 2 212 femmes grâce à l’implication des conseils régionaux. L’atelier de ce jeudi visait à mobiliser le secteur privé (via la RSE) et le secteur public pour pérenniser l’initiative à travers des conventions de partenariat.
Cette dynamique s’inscrit dans les ambitions nationales de la Côte d’Ivoire. Le Pacte national de l’énergie (PNE 2025-2030) vise un accès aux foyers améliorés pour 16 % de la population d’ici 2030, tandis que les Contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0) ciblent un taux de 25% pour ces foyers à l’horizon 2035.
Le projet TIKA, mis en œuvre avec des partenaires tels que l’INIE, le ministère de la Femme, la Chaire Unesco Eau, femmes et pouvoir de décisions, s’impose désormais comme un modèle de transition énergétique inclusive, capable de transformer durablement le visage de la ruralité ivoirienne.
Le projet TIKA du CIRES figure parmi les trois projets francophones sélectionnés par le Centre de recherche pour le développement international (CRDI) du Canada, sur un total de 19 initiatives retenues à l’échelle internationale.
AP/Sf/APA







