Le déficit de la balance des paiements atteint 1,9 milliard de dollars entre juillet et mars, selon la Banque centrale égyptienne. Un signal préoccupant pour une économie fragilisée par l’endettement et la dépréciation de la livre.
La Banque centrale d’Égypte (BCE) a publié ses données provisoires pour les neuf premiers mois de l’exercice fiscal 2024/2025, révélant un déficit global de la balance des paiements de 1,9 milliard de dollars. Ce chiffre, en légère amélioration par rapport à l’exercice précédent, reste toutefois préoccupant dans un contexte économique marqué par une forte volatilité des devises, une inflation persistante et des besoins de financement croissants.
Le compte courant, quant à lui, a enregistré une amélioration grâce à la reprise des envois de fonds des expatriés, à la réduction des importations non essentielles et à une modeste augmentation des exportations non pétrolières. Les transferts des Égyptiens de l’étranger, notamment ceux travaillant dans le Golfe, ont atteint près de 24 milliards de dollars sur la période, contribuant à limiter l’écart.
Toutefois, cette embellie n’a pas suffi à compenser la dégradation du compte financier, qui a été marqué par une sortie nette de capitaux à court terme, conséquence des incertitudes politiques et du durcissement monétaire global. Plusieurs investisseurs étrangers ont réduit leur exposition aux obligations souveraines égyptiennes, accentuant la pression sur la livre égyptienne, qui a perdu plus de 40 % de sa valeur en deux ans.
L’inflation, qui dépasse 30 % sur un an, continue d’éroder le pouvoir d’achat, tandis que le service de la dette absorbe une part toujours plus importante du budget de l’État. L’Égypte reste l’un des pays les plus endettés du monde arabe, avec une dette publique estimée à près de 95 % du PIB selon le FMI.
Face à cette situation, le gouvernement égyptien a mis en place un programme de rationalisation budgétaire, axé sur la réduction des subventions énergétiques, l’augmentation des recettes fiscales, et la privatisation partielle d’entreprises publiques stratégiques. Mais ces réformes, exigées par le Fonds monétaire international (FMI) en échange d’un programme d’assistance de 8 milliards de dollars, se heurtent à une contestation sociale croissante.
Le gouvernement espère également tirer profit du retour progressif des touristes européens, de la reprise du trafic sur le canal de Suez, et de nouveaux projets d’investissements directs étrangers dans les infrastructures et les énergies renouvelables.
Mais ces leviers ne suffiront pas à court terme. Le déficit de la balance des paiements est le symptôme d’un modèle de croissance déséquilibré, qui repose trop sur l’endettement externe et trop peu sur la productivité réelle ou l’innovation industrielle.
Pour stabiliser ses fondamentaux macroéconomiques, l’Égypte devra non seulement contenir les déséquilibres extérieurs, mais aussi reconstruire la confiance des investisseurs et engager une politique industrielle plus inclusive.
MK/ac/Sf/APA






