Selon le rapport 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), la croissance du continent devrait s’accélérer cette année, mais reste menacée par les tensions commerciales mondiales, les conflits régionaux et les effets du changement climatique.
La croissance économique en Afrique a connu une légère reprise en 2024, avec une progression du produit intérieur brut (PIB) réel de 3,0 % à 3,3 %, portée par « la vigueur des dépenses publiques et de la consommation privée », indique la Banque africaine de développement dans son rapport annuel sur les performances et perspectives économiques du continent.
Cependant, cette amélioration reste « fragile » dans un contexte marqué par des pressions inflationnistes persistantes, la dépréciation des monnaies nationales et le coût élevé de la dette. La BAD pointe également du doigt « la fragmentation géopolitique croissante, les conflits régionaux et l’incertitude mondiale accrue » comme des freins à la relance.
Depuis janvier 2025, les tensions commerciales se sont intensifiées avec l’introduction de nouveaux droits de douane par les Etats-Unis et les mesures de rétorsion de partenaires commerciaux. Cette dynamique a renforcé l’incertitude globale.
« Cette pause n’a toutefois guère contribué à dissiper les incertitudes, accentuant au contraire les incertitudes quant à l’avenir des politiques commerciales entre deux principaux partenaires de l’Afrique, à savoir les États-Unis et la Chine », a souligné le document publié le 27 mai, en marge des Assemblées annuelles de la BAD qui ont vu l’élection du neuvième président de l’institution, le Mauritanien Sidi Ould Tah.
Le continent, dont 5% des échanges mondiaux de marchandises sont réalisés avec les États-Unis, pourrait être affecté par les nouveaux droits de douane moyens de 10 %, qui « s’ajoutent au régime déjà en vigueur hors exonérations de l’AGOA », selon la BAD.
Projections rabaissées
La croissance projetée du continent devrait atteindre 3,9 % en 2025 et 4,0 % en 2026, mais ces taux ont été revus à la baisse, de 0,2 et 0,4 point respectivement, par rapport aux prévisions précédentes. En cause : « la faiblesse de l’activité économique mondiale, qui devrait affecter les exportations africaines ».
Malgré cela, 21 pays africains devraient enregistrer une croissance supérieure à 5 % en 2025. L’Éthiopie, le Niger, le Rwanda et le Sénégal pourraient même franchir le seuil des 7 %, « considéré comme nécessaire pour lutter contre la pauvreté et parvenir à une croissance inclusive ».
La croissance du PIB réel par habitant reste modeste. Elle est passée de 0,7 % en 2023 à 0,9 % en 2024 et pourrait atteindre 1,5 % en 2025 puis 1,7 % en 2026. Ces taux restent inférieurs à ceux d’autres régions, notamment l’Amérique latine et surtout l’Asie, où la croissance du revenu par habitant dépasse largement les 3 %.
La BAD insiste sur le fait que la réalisation de taux de croissance économique « élevés et résilients » doit constituer une priorité stratégique pour les pays africains, afin de stimuler le développement et d’accélérer la réduction de la pauvreté.
Les perspectives économiques varient sensiblement selon les régions. En Afrique centrale, la croissance recule, passant de 4,0 % en 2024 à 3,2 % en 2025. Ce ralentissement s’explique notamment par le conflit dans l’est de la RDC et la baisse de la production pétrolière en Guinée équatoriale.
L’Afrique de l’Est, à l’inverse, montre une forte résilience. La région pourrait atteindre 5,9 % de croissance en 2025, portée par l’Éthiopie, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda et Djibouti. Cette performance s’appuie sur des investissements dans les infrastructures et l’agriculture, ainsi que sur le renforcement du commerce régional. Le commerce au sein de cette région (CAE) a d’ailleurs progressé de 13,1 % en 2023, selon le rapport.
Tendances régionales contrastées
En Afrique du Nord, la croissance devrait rebondir après une année 2024 modérée à 2,6 %, pour s’établir à 3,6 % en 2025. Toutefois, les prévisions pour l’Égypte et la Libye sont revues à la baisse, en raison d’une réduction attendue des recettes d’exportation, fragilisant les équilibres macroéconomiques.
L’Afrique australe demeure la région la moins dynamique. La croissance y est estimée à 1,9 % en 2024, avant une légère remontée à 2,2 % en 2025 et à 2,5 % en 2026. Toutefois, des pays comme la Zambie, le Zimbabwe ou l’eSwatini devraient tirer leur épingle du jeu avec des croissances supérieures à 6 %. L’Afrique du Sud, de son côté, reste confrontée à des obstacles structurels et budgétaires importants, avec une croissance prévue de 0,8 % en 2025.
En Afrique de l’Ouest, la croissance ralentirait légèrement à 4,3 % en 2025. Néanmoins, plusieurs économies maintiennent une dynamique positive. Le Sénégal et le Niger bénéficient du lancement de leur production pétrolière et gazière, tandis que la Côte d’Ivoire, le Togo, la Gambie et le Mali profitent d’une demande intérieure soutenue et de la valorisation des filières agricoles. Le Nigéria, première économie de la région, affiche des perspectives plus moroses, avec une croissance estimée à 3,2 %, en baisse par rapport aux prévisions antérieures.
Malgré les incertitudes persistantes et la diversité des situations régionales, la BAD reste optimiste : la croissance africaine devrait, en 2025 et 2026, dépasser la moyenne mondiale, à l’exception de l’Asie émergente. L’institution plaide pour un renforcement de la résilience macroéconomique et une mobilisation accrue des ressources intérieures afin de consolider les acquis et de réduire durablement les inégalités.
ODL/ac/Sf/APA







