Le financement de 235 millions de dollars accordé par la Banque islamique de développement à la Côte d’Ivoire pour le tronçon Tafiré–Ferkessédougou de l’autoroute du Nord renforce un corridor stratégique pour le Mali, dont une part importante des échanges commerciaux transite par les axes reliant les ports côtiers au Sahel.
Signé le 19 juin à Bakou entre la Côte d’Ivoire et la Banque islamique de développement, l’accord représente environ 130 milliards de FCFA. Il doit financer une section d’environ 58 à 60 kilomètres entre Tafiré et Ferkessédougou, dans le nord ivoirien, sur l’axe autoroutier appelé à relier Abidjan aux frontières du Burkina Faso et du Mali. Dans les documents de la BID, le chantier est subdivisé en deux lots : Tafiré-Kouroukouna et Kouroukouna-Ferkessédougou.
Ce projet dépasse le cadre d’une simple infrastructure nationale. Il s’inscrit dans la compétition entre les grands corridors ouest-africains, où ports, routes, voies ferrées, plateformes logistiques et postes frontaliers déterminent la fluidité du commerce régional. Abidjan entend consolider son rôle de porte d’entrée vers l’hinterland sahélien, tandis que Bamako suit de près toute amélioration susceptible de rendre l’acheminement des marchandises plus sûr, plus rapide et moins coûteux.
Pays enclavé, le Mali dépend de plusieurs accès maritimes, notamment via Abidjan, Dakar, Conakry, Lomé, Tema et Nouakchott. Le corridor ivoirien conserve une importance particulière pour les importateurs, transporteurs et opérateurs économiques maliens. Carburants, matériaux de construction, denrées alimentaires, intrants agricoles, pièces détachées et équipements industriels transitent régulièrement par cette voie avant d’atteindre Bamako et les principaux centres de consommation du pays.
Le contexte renforce l’importance de cet investissement. Depuis 2025, les tensions sécuritaires observées sur plusieurs axes d’approvisionnement ont rappelé la vulnérabilité des routes sahéliennes. Pour les opérateurs maliens, la question ne se limite plus au choix d’un port. Elle concerne également la fiabilité du corridor, la disponibilité des camions, la sécurité du transit, les formalités douanières, les délais de passage et les coûts logistiques. Toute perturbation finit par se répercuter sur les marchés et les consommateurs.
Les chiffres du Port autonome d’Abidjan témoignent déjà d’une reprise du transit vers l’hinterland. En 2025, les flux destinés au Mali et au Burkina Faso ont atteint 3,92 millions de tonnes, en hausse de 34,1 %. Les volumes à destination du Mali sont passés de 835 216 tonnes en 2024 à 1,47 million de tonnes en 2025, soit une progression de 76,4 %. Cette évolution traduit le regain d’attractivité du corridor ivoirien auprès des opérateurs maliens.
La dynamique ne repose pas uniquement sur le transport routier. En avril 2026, Africa Global Logistics a lancé un corridor multimodal Abidjan–Bobo-Dioulasso–Bamako, combinant le rail jusqu’au Burkina Faso puis la route vers le Mali. Le recours au port sec de Bobo-Dioulasso et aux dispositifs d’escorte jusqu’à la frontière malienne répond à une demande croissante de traçabilité, de sécurité et de maîtrise des délais.
Le prolongement de l’autoroute jusqu’à Ferkessédougou pourrait ainsi renforcer la continuité logistique entre le port d’Abidjan, le nord de la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali. Son impact se mesurera moins au montant investi qu’à sa capacité à réduire les ruptures de charge, sécuriser les flux, accélérer le transit et acheminer les marchandises vers Bamako dans des conditions économiques plus compétitives.
MD/te/APA







