Face au lourd fardeau des maladies d’origine alimentaire, l’Afrique doit dépasser le simple constat pour industrialiser le partage de ses propres innovations. Le Centre d’excellence régional contre la faim et la malnutrition (CERFAM) s’impose comme le catalyseur de cette transformation.
La sécurité sanitaire des aliments en Afrique représente un enjeu vital, d’autant que les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèlent une crise profonde à l’échelle mondiale avec 866 millions de cas de maladies d’origine alimentaire, 1,52 million de décès et 310 milliards de dollars de pertes de productivité.
L’Afrique et l’Asie du Sud-Est concentrent à elles seules près de 75 % de ces maladies et 60 % des décès. Les enfants de moins de cinq ans restent les premières victimes : ils subissent un tiers des cas mondiaux alors qu’ils ne représentent que 9 % de la population.
À l’occasion de la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments 2026, placée sous le thème « Du fardeau aux solutions : un accès universel à des aliments sûrs », l’appel est clair : il faut traduire ces données en actions concrètes et ciblées.
L’Afrique ne manque pas d’idées. Des méthodes de séchage des céréales aux dispositifs d’hygiène à bas coût pour les marchés, des solutions locales efficaces existent déjà. Le problème majeur réside dans leur confinement géographique et le manque de documentation.
Le CERFAM apporte une contribution stratégique unique en identifiant les pratiques prometteuses à travers le continent, en documentant rigoureusement leurs impacts réels, en évaluant leur potentiel de transfert et en mettant les États en relation grâce à la coopération Sud-Sud.
Cet organisme ne remplace pas les autorités de contrôle nationales. Il comble le fossé entre la découverte d’une initiative locale et sa compréhension pour une adaptation réussie dans un autre contexte. Il appelle à moderniser les marchés informels plutôt que de les condamner.
L’action doit se concentrer là où les populations s’approvisionnent réellement. En Afrique australe, par exemple, environ 7 ménages sur 10 dépendent des marchés traditionnels, des kiosques et des vendeurs de rue.
Ces circuits informels ne sont pas des anomalies à supprimer, mais des piliers économiques essentiels, notamment pour les femmes commerçantes. Les normes calquées sur les supermarchés occidentaux ou l’exportation y sont inapplicables.
Le déploiement de solutions efficaces nécessite une approche pragmatique et inclusive, passant par la facilitation de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement sur les marchés, le financement d’infrastructures de stockage abordables, la formation des petits commerçants à l’hygiène, ainsi que la co-construction des réglementations avec les acteurs de terrain pour préserver leurs moyens de subsistance.
Pour réussir ce changement d’échelle, les pays du continent doivent interconnecter leurs systèmes de surveillance en croisant les données de la santé humaine et animale, du contrôle des aliments et de l’environnement.
En s’alignant sur la Stratégie de sécurité sanitaire des aliments pour l’Afrique 2022-2036 de l’Union africaine, les institutions régionales et les centres de connaissances ont désormais une feuille de route commune. L’accès universel à une alimentation saine deviendra une réalité lorsque les innovations africaines seront rendues visibles, crédibles et adaptables à grande échelle.
AP/Sf/APA







