La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako a condamné lundi le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, et l’activiste Rokia Doumbia, alias Rose Vie Chère, à dix ans de réclusion chacun, dont trois ans avec sursis, soit sept années d’emprisonnement ferme, ainsi qu’à une amende de 240 000 francs CFA.
Un verdict condamnant le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, et l’activiste Rokia Doumbia, alias Rose Vie Chère, à dix ans de réclusion chacun a été rendu après une semaine de délibéré. Ils écopent ainsi de 3 ans avec sursis et 7 ans d’emprisonnement ferme dans une affaire portant notamment sur des faits qualifiés d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État par l’intermédiaire des technologies de l’information et de la communication ». Les qualifications définitivement retenues à l’encontre de chacun devront toutefois être précisées dans l’arrêt écrit de la Cour.
La peine prononcée est inférieure aux réquisitions du ministère public contre Ras Bath, pour lequel le parquet avait requis dix ans de prison ferme. Elle est en revanche plus lourde que les cinq ans ferme et cinq ans avec sursis requis contre Rokia Doumbia. La défense avait plaidé l’acquittement des deux accusés, contestant notamment l’existence d’une entente entre eux.
Des propos sur la cherté de la vie au cœur du dossier
L’affaire repose notamment sur deux interventions de Rose Vie Chère dans l’émission « Le Grand Dossier », animée par Ras Bath. L’activiste y avait dénoncé la hausse des prix des produits de première nécessité, les délestages électriques et les difficultés rencontrées quotidiennement par les ménages maliens.
Pour l’accusation, la répétition de ces déclarations traduisait une action concertée susceptible de discréditer les autorités de la transition et de provoquer des troubles.
Devant la Cour, Rokia Doumbia s’est présentée comme une « commerçante et non militante politique », affirmant avoir voulu attirer l’attention des autorités sur la cherté de la vie plutôt que chercher à renverser le régime. Ras Bath a, de son côté, défendu le caractère journalistique et l’intérêt public de ses émissions.
Les avocats des deux prévenus ont également contesté l’origine et l’intégrité de plusieurs enregistrements audio versés au dossier, dont certains ont finalement été écartés des débats.
Ouvert le 10 août dans une salle comble, le procès avait suscité une forte mobilisation des partisans de Ras Bath. La deuxième journée d’audience s’était déroulée à huis clos, sous un important dispositif sécuritaire.
Le parquet avait notamment évoqué les déclarations de Ras Bath concernant la mort en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, décédé le 21 mars 2022.
Plus de trois ans de détention
Ras Bath avait été interpellé le 13 mars 2023 après ses déclarations sur le décès de Soumeylou Boubèye Maïga. Dans une première procédure, il avait été condamné à 18 mois de prison, dont neuf avec sursis. Sa détention s’était toutefois poursuivie dans le cadre de la nouvelle procédure, à la faveur d’un mandat délivré le 28 mars 2024.
Rokia Doumbia avait été arrêtée à la même période après la diffusion d’une vidéo sur TikTok. Une première condamnation à un an de prison ferme avait été annulée en appel en juillet 2024, mais une nouvelle procédure avait entraîné la poursuite de sa détention.
Les deux accusés étaient incarcérés respectivement à Kéniérobé et à Dioïla. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) avaient auparavant dénoncé leur maintien en détention et demandé leur libération.
Selon le droit malien, la durée de la détention provisoire est déduite de la peine ferme. Le calcul définitif de la durée restant à purger devra toutefois être effectué par l’administration pénitentiaire à partir de l’arrêt définitif et de l’ensemble des périodes de détention déjà exécutées.
Ras Bath et Rose Vie Chère disposent désormais de la possibilité de former un pourvoi en cassation devant la Cour suprême. Leurs avocats n’avaient pas encore annoncé, lundi après-midi, s’ils comptaient exercer ce recours.
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