Les récentes visites du ministre algérien des Affaires étrangères en Europe illustrent une mise à distance notable du dossier du Sahara, dans un contexte diplomatique de plus en plus défavorable à Alger.
Les déplacements d’Ahmed Attaf à Zagreb puis à Bruxelles, lundi et mardi, se sont concentrés sur la coopération économique, notamment dans les hydrocarbures et les énergies renouvelables, selon les communications officielles.
Aucun élément n’indique que la question du Sahara ait été abordée, alors même qu’elle constitue historiquement un axe central de la diplomatie algérienne. Ce choix contraste avec les priorités affichées par Alger ces dernières années, où ce dossier occupait une place structurante dans les échanges bilatéraux.
Ce repositionnement apparent s’inscrit dans un environnement européen largement favorable à la proposition marocaine d’autonomie. La Croatie a ainsi qualifié, en avril 2025, cette initiative de « base solide » pour un règlement du différend, tandis que la Belgique a réaffirmé, début mars 2026 à Rabat, un soutien jugé « clair et constant » à cette approche, la considérant comme la plus crédible et réaliste.
Dans ce contexte, l’absence du sujet dans les discussions bilatérales traduit moins un choix stratégique qu’une adaptation contrainte à un rapport de forces diplomatique défavorable.
Le prolongement de cette tendance se manifeste également dans d’autres séquences récentes. À Alger, la question n’a pas été évoquée lors de la rencontre entre le Premier ministre et son homologue serbe, malgré le soutien exprimé par Belgrade en 2023 à la position marocaine.
De même, les échanges entre le président Abdelmadjid Tebboune et le chef de la diplomatie espagnole, la semaine précédente, avaient déjà évité ce dossier, pourtant au cœur des tensions entre Alger et Madrid depuis 2022.
Cette mise en retrait progressive du Sahara dans les échanges européens met en évidence les limites de la stratégie algérienne sur ce dossier. L’évolution des positions européennes, désormais largement alignées sur le plan marocain, réduit les marges de manœuvre d’Alger, qui semble privilégier des coopérations économiques pragmatiques plutôt que des confrontations diplomatiques peu productives.
Au-delà de la séquence actuelle, cette inflexion soulève une interrogation plus large sur la capacité de l’Algérie à maintenir son influence sur un dossier où les équilibres internationaux ont profondément évolué. Faute de relais solides en Europe, la diplomatie algérienne apparaît contrainte de composer avec une réalité géopolitique qui lui échappe de plus en plus.
MK/AK/te/Sf/APA







