Réunis mercredi à Dakar autour de la question de l’accès aux médicaments, des experts et acteurs du secteur pharmaceutique ont appelé à une meilleure appropriation des outils juridiques internationaux pour réduire la dépendance du pays aux importations.
Le Sénégal ne tire pas encore pleinement profit des flexibilités prévues par l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), alors que ces mécanismes pourraient contribuer à renforcer la production locale de médicaments et à améliorer leur accessibilité, a relevé mercredi à Dakar Talla Samb, directeur de la propriété industrielle à l’Agence sénégalaise pour la propriété industrielle et l’innovation technologique (ASPIT).
Intervenant, mardi à Dakar, lors d’un symposium national consacré à la propriété intellectuelle, à l’innovation pharmaceutique et à l’accès aux médicaments, M. Samb a souligné que l’enjeu réside désormais dans une meilleure appropriation de ces instruments juridiques par les décideurs et les acteurs du secteur pharmaceutique.
« L’Accord ADPIC, qui est un accord de l’Organisation mondiale du commerce, a prévu des flexibilités pour les pays les moins avancés, dont le Sénégal, afin de ne pas protéger certains brevets pharmaceutiques », a-t-il expliqué.
Selon lui, ces dispositions représentent « des avancées positives » dont les pays membres de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) n’ont pas encore suffisamment bénéficié.
« Le Sénégal, comme beaucoup de pays de l’espace OAPI, n’a pas pu profiter pleinement de ces flexibilités », a-t-il indiqué, attribuant cette situation notamment à « un manque d’informations et à un besoin de renforcement des capacités des décideurs et des acteurs de l’écosystème ».
Pour le directeur de la propriété industrielle, une meilleure maîtrise de ces mécanismes pourrait aider le Sénégal à réduire sa dépendance aux importations et à accélérer son ambition de souveraineté pharmaceutique.
« Il faut que les décideurs puissent comprendre ces enjeux et mettre en place un cadre institutionnel national pour faciliter la mise en œuvre de ces flexibilités », a-t-il plaidé.
La propriété intellectuelle parmi les obstacles à l’accès aux médicaments
Directeur adjoint d’Enda Santé, Dr Papa Djibril Ndoye a rappelé que les questions liées à la propriété intellectuelle figurent parmi les obstacles identifiés dans une étude menée sur l’accès aux médicaments au Sénégal.
« L’étude que nous avons réalisée sur l’accès aux médicaments au Sénégal a révélé plusieurs obstacles, dont celui lié à la propriété intellectuelle », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette problématique reste encore peu abordée dans le pays, malgré son impact sur la disponibilité des traitements.
« Il y a les difficultés liées au circuit d’approvisionnement, mais également le prix des médicaments qui constitue parfois un obstacle pour certains bénéficiaires », a-t-il expliqué.
Il a également évoqué la question des brevets qui protègent certaines molécules ainsi que la diminution progressive de certains financements internationaux qui soutenaient l’accès aux traitements pour des populations vulnérables.
Face à ces défis, Dr Ndoye estime que la production pharmaceutique locale constitue un levier important, mais qu’elle doit s’accompagner d’une meilleure compréhension des règles de propriété intellectuelle.
« Même si le dispositif est là, il faudra adresser cette problématique pour être en mesure de produire ces médicaments sous forme générique ou sous d’autres formes », a-t-il indiqué.
Le gouvernement mise sur la souveraineté pharmaceutique
Représentant le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le conseiller technique chargé de la Pharmacie, Dr Mor Diagne, a rappelé que la souveraineté pharmaceutique constitue une priorité de l’État.
L’ambition, selon lui, est de bâtir « un système pharmaceutique résilient », capable de garantir un accès continu aux médicaments essentiels, de soutenir la production locale, de renforcer la réglementation pharmaceutique et de favoriser l’innovation.
Dr Mor Diagne a insisté sur la nécessité de considérer la propriété intellectuelle comme un outil au service de la santé publique.
« La propriété intellectuelle ne doit pas être perçue comme un obstacle à la santé publique, mais comme un levier qu’il convient d’utiliser avec intelligence et équilibre », a-t-il soutenu.
Les travaux du symposium doivent aboutir à des recommandations destinées à renforcer l’accès aux médicaments, soutenir la production pharmaceutique locale et contribuer à la stratégie nationale de souveraineté pharmaceutique du Sénégal.
ARD/Sf/APA







