L’Algérie a célébré jeudi le 64ᵉ anniversaire de la répression sanglante du 17 octobre 1961 à Paris, au cours de laquelle des dizaines d’Algériens furent tués par la police française lors d’une manifestation pour l’indépendance.
Comme chaque année depuis 2021, une minute de silence a été observée dans toute l’Algérie ce 17 octobre, sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune. Dans un message diffusé à cette occasion, le chef de l’État a qualifié le 17 octobre de « moment immortel de la mémoire nationale », symbole de « l’unité du peuple algérien dans la lutte contre le colonialisme ».
Le discours, empreint de solennité, s’inscrit dans une stratégie plus large de revendication mémorielle à laquelle le régime algérien recourt de manière récurrente, souvent en parallèle de périodes de tension avec la France.
Cette commémoration, profondément ancrée dans la conscience nationale, reste pourtant asymétrique : elle vise avant tout à réaffirmer la légitimité historique du pouvoir plutôt qu’à engager un dialogue équilibré sur la mémoire partagée. En Algérie, la répression du 17 octobre 1961 demeure un marqueur identitaire, mais son évocation officielle tend à occulter la complexité du contexte historique et à servir de levier diplomatique dans la relation tumultueuse avec Paris.
La célébration intervient en effet alors que les relations franco-algériennes sont au plus bas depuis 2024. Le rappel de l’ambassadeur d’Algérie à Paris, suivi d’expulsions réciproques de diplomates et d’une nouvelle « guerre des visas », a cristallisé une méfiance durable entre les deux capitales.
Dans ce contexte, la commémoration du 17 octobre prend des accents politiques autant qu’historiques. Alger cherche à réaffirmer sa souveraineté symbolique face à une France perçue comme réticente à reconnaître pleinement ses responsabilités coloniales. Paris, de son côté, multiplie les gestes mémoriels depuis la reconnaissance en 2021, par Emmanuel Macron, de « crimes inexcusables », sans pour autant répondre à toutes les attentes algériennes.
Le 17 octobre 1961, sur ordre du préfet Maurice Papon, la police parisienne avait réprimé dans le sang une marche pacifique organisée par le Front de libération nationale (FLN). Des dizaines d’Algériens furent tués — certains noyés dans la Seine — et près de 12 000 arrêtés, selon les historiens.
Si la reconnaissance progressive de ce drame en France a marqué une étape importante, aucune réconciliation mémorielle véritable n’a encore eu lieu. L’Algérie continue d’exiger des excuses officielles, tandis que Paris plaide pour une approche « lucide mais non repentante ».
MK/Sf/APA






