Entre production d’électricité verte et investissements communautaires, le parc éolien de Taïba Ndiaye entend démontrer que la transition énergétique peut aussi devenir un moteur de développement local.
Au milieu des champs et des villages de la commune de Taïba Ndiaye, un léger sifflement accompagne la rotation des immenses pales blanches. Ici, chaque rafale de vent est convertie en électricité avant d’être immédiatement injectée dans le réseau national.
Mais pour Infinity Power, propriétaire du plus grand parc éolien d’Afrique de l’Ouest, l’ambition ne s’arrête pas à produire de l’énergie verte : l’entreprise veut faire de cette infrastructure un levier de développement local, à travers des investissements dans l’agriculture, l’éducation, la santé et l’environnement.
Depuis la salle de contrôle, où deux écrans géants affichent en temps réel la vitesse du vent, la puissance délivrée par chacune des 46 turbines et les paramètres du réseau électrique, les équipes surveillent en permanence une centrale d’une capacité installée de 158,7 MW, mise en service en 2020 après un investissement d’environ 200 milliards de francs CFA.
« Tout ce qu’on produit est acheté par la Senelec. Nous ne sommes pas comme les centrales fossiles où, lorsqu’elles produisent, on peut leur demander de diminuer. Nous, tout ce qu’on produit est acheté par la Senelec », explique Cheikh Ahamadou Bamba Gueye, Plant manager du parc éolien de Taïba Ndiaye, lors d’une visite de presse effectuée le 29 juillet.
Selon lui, cette centrale représente aujourd’hui plus de 50 % de la production d’énergie renouvelable du Sénégal. Elle a permis de porter à 30 % la part des énergies renouvelables dans le mix électrique national et alimente près de deux millions de personnes.
Au-delà de ces performances, le responsable met en avant les bénéfices économiques des énergies renouvelables.
« Les énergies renouvelables permettent de produire une énergie à moindre coût comparée aux centrales fossiles. Cela impacte doublement : les coûts d’exploitation sont moins élevés et les émissions de carbone sont fortement réduites », souligne-t-il.
D’après Infinity Power, le parc évite le rejet d’environ 240 000 tonnes de CO₂ par an, une performance vérifiée chaque année par un audit réalisé par un cabinet indépendant.

Pour Cheikh Ahamadou Bamba Gueye, cette contribution s’inscrit dans les objectifs du Sénégal visant à renforcer l’intégration des énergies renouvelables dans son système électrique.
« Cette centrale participe au mix énergétique défini par la politique énergétique du Sénégal pour réduire les coûts d’exploitation et renforcer l’intégration des énergies renouvelables dans la production de la Senelec », affirme-t-il, plaidant pour davantage d’investissements dans l’éolien et le solaire ainsi que pour la duplication de ce type d’infrastructures au Sénégal et dans la sous-région.
Mais Infinity Power assure que l’acceptation du projet repose autant sur ses retombées locales que sur sa production électrique.
« La population locale adhère fortement à ce projet. Ils savent ce que nous faisons pour la commune de Taïba Ndiaye », assure le Plant manager.
Au-delà des éoliennes, un pari sur le développement local
Cette stratégie est portée par un plan d’investissement communautaire qui cible le développement des compétences, l’agriculture, l’autonomisation des femmes et la protection de l’environnement.
« Nous travaillons d’abord à minimiser strictement les impacts engendrés par nos opérations, à travers des programmes de restauration des moyens de subsistance et de gestion de la biodiversité », explique Amadou Oumar Sow, directeur du développement durable d’Infinity Power en Afrique de l’Ouest.
Au-delà de ces mesures, le groupe affirme avoir engagé un vaste programme de partage des bénéfices avec les populations.
Dans une commune à forte vocation agricole, l’entreprise a créé des coopératives, installé des forages modernes alimentés à l’énergie solaire, accompagné les producteurs dans l’accès aux semences, aux intrants et aux financements, tout en mettant l’accent sur les femmes et les jeunes.
« Nous ciblons en priorité les femmes et les jeunes. Nous ne faisons pas seulement de l’accès aux investissements ; nous développons toute la chaîne de valeur agricole, de la production jusqu’aux marchés », précise M. Sow.
L’entreprise revendique également la construction d’un collège, l’installation d’un centre informatique au lycée de Taïba Ndiaye, des bourses destinées aux meilleurs élèves des filières scientifiques ainsi que des dotations régulières en matériel pédagogique.
Sur le plan environnemental, Infinity Power met aussi en avant la création de points de regroupement normalisés des déchets, un programme de reboisement et la création d’emplois locaux.

« Nous avons planté entre 7 000 et 8 000 arbres et notre objectif est d’atteindre 10 000, tout en recrutant des jeunes pour le reboisement, la collecte des déchets et le suivi environnemental », indique Elhadji Makhtar Sylla, responsable Hygiène, sécurité et environnement (HSE).
En parcourant les pistes aménagées entre les turbines, il est difficile d’imaginer qu’il y a quelques années, ces voies n’existaient pas. Aujourd’hui, elles sont également empruntées par les populations pour acheminer leurs productions agricoles vers les axes routiers.
Pour Infinity Power, cette combinaison entre production d’électricité renouvelable et investissements sociaux constitue la clé de l’acceptabilité du projet.
« Nous avons une licence sociale extrêmement forte. Les communautés se considèrent comme faisant partie intégrante du projet, comme des actionnaires du projet au regard des impacts qu’il est en train d’engendrer », conclut Amadou Oumar Sow.
ARD/te/Sf/APA








