Les défis à relever pour une intégration économique africaine, et la nouvelle géographie continentale, ont été au cœur d’un panel organisé, samedi 3 octobre, dans le cadre de la deuxième journée de la session d’autonome du 47e Moussem culturel international d’Assilah qui se poursuit jusqu’au 18 octobre.
Les participants à un des panels du 47 e Moussel d’Assilah, intitulé « Projets stratégiques et intégration économique : vers une nouvelle géographie africaine » ont plaidé pour le renforcement de l’intégration économique africaine et l’émergence du continent, qui nécessitent une volonté politique réelle de la part de tous les Etats africains, dans un contexte de reconfiguration de la géopolitique mondiale.
L’intégration et l’émergence du continent africain reposent sur plusieurs prérequis essentiels, au premier rang desquels figure la maîtrise des ressources stratégiques, a souligné le Président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, dans le cadre de ce 47e Moussem culturel international d’Assilah, ouvert vendredi soir et qui se poursuit jusqu’au 18 octobre.
« Il ne saurait y avoir d’industrialisation sans électricité, d’agriculture résiliente sans eau, ni de souveraineté véritable sans la maîtrise de ces leviers essentiels », a dit M. Ould Tah dans une intervention en visioconférence, notant que l’action de son institution s’articule autour d’engagements majeurs tels que la « Mission 300 », visant à raccorder 300 millions d’Africains au réseau électrique d’ici 2030, l’initiative solaire « Desert to Power » ainsi que celle relative à la « Facilité africaine de l’eau ».
Apres avoir salué l’ambition et la constance du Royaume du Maroc en matière d’énergies renouvelables et de gestion des ressources hydrique, M. Ould Tah a plaidé pour une réforme de l’architecture financière continentale et une mobilisation massive de capitaux en faveur d’infrastructures résilientes.
Intervenant pour sa part lors de ce panel, Mohamed Boutaleb, ancien ministre marocain de l’Énergie et des Mines, a appelé à une synergie indissociable entre métaux, énergie et eau, relevant qu’aucune initiative ne saurait aboutir sans une volonté politique réelle et une coopération transfrontalière effective.
Il a dans ce cadre salué l’apport considérable de l’Initiative Atlantique lancée par le Roi Mohammed VI, notant que la Vision Royale puise ses racines dans des fondements culturels solides et traduit un ancrage profond au sein du continent mère.
Intervenant de son côté, l’économiste Daniele De Giovanni, ancien chef de cabinet du Premier ministre italien, a affirmé que l’attractivité des projets énergétiques auprès des bailleurs africains et européens requiert une faisabilité technique irréprochable, un cadre réglementaire stable adossé à des contrats juridiquement rigoureux, ainsi qu’un environnement politique prévisible.
Le ministre conseiller spécial à la présidence de la République centrafricaine, Illiassou Dicko, a, pour sa part, insisté sur l’urgence d’une volonté politique affirmée pour surmonter les défis de l’intégration régionale. Pour lui, l’enjeu réside dans le déploiement de projets structurants qui dépassent la seule fonction de corridors de transit pour devenir de véritables vecteurs de croissance et de prospérité partagée.
La présidente du panel, Nouzha Bouchareb, ancienne ministre marocaine et vice-présidente de la Maison Climat, a souligné que l’intégration africaine place l’humain au cœur de ses priorités, relevant que la nouvelle géographie continentale dessine un réseau d’opportunités, où l’engagement collectif des forces vives doit traduire les réflexions stratégiques en actions concrètes pour un développement harmonieux et durable .
Lors du premier panel organisé vendredi soir sous le thème «Enjeux énergétiques et hydriques en Afrique et projets stratégiques : vers une nouvelle géopolitique», les intervenants ont plaidé pour le renforcement de l’intégration africaine et le raffermissement des partenariats internationaux, à travers la mise en synergie des ressources et des infrastructures pour un développement durable et autonome du Continent.
Victor Borges, ancien ministre cap-verdien des Affaires étrangères, a indiqué que ces défis façonnent l’émergence d’une nouvelle géopolitique africaine où ressources naturelles, infrastructures clés et corridors de connectivité s’imposent comme de véritables leviers de puissance et de recomposition des alliances.
«Face à ces mutations, les États africains doivent élaborer des visions intégrées, fondées sur la diversification des partenariats, la consolidation de leur autonomie stratégique et la promotion de modèles de développement durables et inclusifs», a-t-il affirmé, notant que la stabilité politique, la bonne gouvernance, la concertation régionale et le capital humain seront les garants de cette dynamique.
De son côté, Moussa Faki Mahamat, ancien président de la Commission de l’Union Africaine, a souligné la portée décisive de cette Initiative royale pour le désenclavement maritime des États de la région, au premier rang desquels figure son propre pays, le Tchad. Dans un contexte de reconfiguration de la géopolitique mondiale, il a appelé le continent à se saisir de cette opportunité afin de ne plus subir passivement, comme par le passé, les répercussions des mutations géopolitiques.
L’ancien président de la Commission européenne et ex-Premier ministre italien, Romano Prodi, a, quant à lui, souligné que la synergie des ressources en Afrique doit se traduire par l’intensification des échanges commerciaux, le renforcement de la coopération dans le domaine du climat, l’attraction des investissements étrangers et le transfert de technologies destiné à consolider les compétences locales.
«L’avenir de l’Afrique réside dans son intégration globale. Dans cette nouvelle ère, l’Afrique ne peut vivre isolée. C’est le défi majeur et la tâche collective qui nous incombent», a-t-il estimé.
Organisé les 2 et 3 octobre dans le cadre du Moussem d’Assilah, ce colloque ambitionne de nourrir la réflexion sur les mutations continentales. Il examine les dynamiques géopolitiques liées à l’eau, à l’énergie et aux grands projets structurants, dans la perspective d’un développement souverain et inclusif.
Au programme de cette 47eme édition figure aussi un colloque intitulé « Le monde arabe à l’horizon 2030 : défis, transformations et perspectives », prévu les 10 et 11 octobre. L’objectif des organisateurs est d’élaborer des visions concrètes et un regard critique sur les politiques publiques et modèles de développement capables de garantir la stabilité, de renforcer la participation politique, de stimuler une croissance inclusive, d’autonomiser les jeunes et les femmes, et de répondre aux aspirations des peuples arabes à l’horizon 2030 et au-delà.
Placé sous le haut patronage du Mohammed VI le 47e Moussem culturel international d’Assilah est organisé par la Fondation du Forum d’Assilah, en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et e conseil municipal d’Assilah.
L’événement propose une série de débats sur les grands enjeux géopolitiques contemporains, ainsi que diverses rencontres intellectuelles, littéraires et artistiques.
AK/Sf/APA





