Reporters sans frontières (RSF) a saisi le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’expression afin de dénoncer la détention du journaliste tunisien Mourad Zeghidi et l’augmentation des poursuites judiciaires visant les professionnels des médias en Tunisie.
Reporters sans frontières (RSF) a annoncé avoir saisi, le 21 juillet, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression afin d’alerter sur le cas du journaliste Mourad Zeghidi et, plus largement, sur ce que l’organisation qualifie de multiplication des poursuites contre les journalistes en Tunisie.
Selon RSF, Mourad Zeghidi, chroniqueur de l’émission L’Émission impossible diffusée sur Radio IFM, est détenu à Tunis depuis le 11 mai 2024 dans le cadre de procédures que l’organisation estime directement liées à l’exercice de son activité journalistique. Dans sa communication adressée aux Nations Unies, RSF affirme que cette affaire illustre une « criminalisation croissante du journalisme » et dénonce le recours à plusieurs dispositions pénales, notamment le décret-loi n°54, le Code des télécommunications et la législation antiterroriste, pour engager des poursuites contre des journalistes.
Dans un communiqué, Antoine Bernard, directeur du plaidoyer et de l’assistance de RSF, a estimé que « le cas de Mourad Zeghidi est particulièrement grave » et constitue, selon lui, le reflet d’« une stratégie de criminalisation du journalisme ». L’organisation appelle le Rapporteur spécial à intervenir auprès des autorités tunisiennes afin de dénoncer ce qu’elle considère comme une utilisation systématique de l’arsenal pénal contre les professionnels de l’information et à demander leur libération lorsque les poursuites sont liées à leur travail.
RSF inscrit cette démarche dans un contexte marqué, selon l’organisation, par plusieurs condamnations récentes de journalistes. Elle cite notamment le cas de Haythem El Mekki, condamné le 15 juillet 2026 à un an de prison sur le fondement de l’article 86 du Code des télécommunications, celui de Zied El Heni, dont la condamnation à un an d’emprisonnement a été confirmée en appel, ainsi que celui de la journaliste Khaoula Boukrim, fondatrice du média en ligne TuMedia, condamnée par contumace à quatre ans de prison dans deux procédures fondées sur le décret-loi n°54.
Selon RSF, ces affaires s’inscrivent dans un contexte de dégradation de la liberté de la presse depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en juillet 2021. L’organisation affirme que les poursuites judiciaires, les détentions et l’application de textes répressifs contribuent à instaurer un climat de crainte au sein de la profession.
À ce stade, les autorités tunisiennes n’ont pas réagi publiquement à la saisine de RSF auprès du Rapporteur spécial des Nations Unies.
MK/AK/Sf/APA







