La Côte d’Ivoire franchit une étape décisive vers sa souveraineté numérique et sa révolution spatiale. Ce jeudi 24 septembre 2026, la deuxième édition du Forum des radiocommunications (FRC), portée par l’Agence ivoirienne de gestion des fréquences radioélectriques (AIGF), s’est ouverte au Parc des expositions d’Abidjan.
Organisées en marge de l’événement continental Africa Space Expo (ASPEX), ces assises visent à définir une stratégie nationale face à l’explosion des réseaux sans fil et à l’exposition du public aux ondes.
Réunissant experts, décideurs et investisseurs, ce forum propose d’établir un cadre holistique pour encadrer le déploiement des infrastructures tout en veillant au strict respect des normes de santé publique.
Selon Gabriel Koffi, président du Comité scientifique du forum, l’objectif est de jeter les bases d’une feuille de route concertée pour une gestion moderne et sécurisée des radiocommunications.
Le président du conseil d’administration de l’AIGF, Abel Djohoré, a souligné que la gestion du spectre des fréquences dépasse le simple défi technique : elle s’inscrit au cœur du développement économique et de la cohésion nationale.
Pour lui, l’autorisation d’attribuer les fréquences 5G ainsi que le déploiement des technologies satellitaires doivent dessiner la trajectoire d’une nation moderne, axée sur la connectivité des zones reculées « sans jamais perdre de vue la protection de ses populations ».
L’un des temps forts de la journée d’ouverture a été le panel animé par le Dr Tidiane Ouattara, directeur général de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire (ASCI) et président du conseil de l’Agence spatiale africaine (AfSA). Son intervention, axée sur les constellations en orbite basse (LEO), a dressé un bilan lucide de la connectivité sur le continent.
À ce jour, l’Afrique subit une forte dépendance numérique, puisque près de 98 % de son trafic Internet chemine par des câbles sous-marins, tandis que les infrastructures au sol s’avèrent trop coûteuses pour couvrir l’ensemble des territoires isolés.
Face à ces limites, les technologies satellitaires en orbite basse, boostées par la miniaturisation et le Direct-to-Device (connexion directe aux appareils sans relais terrestre), s’imposent comme la solution idéale pour désenclaver les populations rurales.
Ce basculement technologique s’accélère à vitesse grand V : le secteur compte désormais plus de 10 000 satellites civils actifs à travers le monde, pour des investissements globaux estimés à 60 milliards de dollars. Face à ce boom, le Dr Ouattara avertit : l’Afrique doit cesser d’être une simple consommatrice pour bâtir ses propres compétences.
Actuellement, seuls 23 % des pays africains disposent d’une législation solide en matière spatiale. Ce vide juridique, hérité de traités internationaux obsolètes des années 1960-1970, expose le continent à des pertes de fréquences et à des vulnérabilités majeures en matière de cybersécurité, la majorité des données africaines transitant par des serveurs étrangers.
Pour inverser la tendance, Tidiane Ouattara préconise de s’appuyer sur la jeunesse locale, de soutenir massivement la recherche et le développement, et de propulser les start-up du laboratoire jusqu’au marché, afin que la valeur créée sur le continent y reste. Les recommandations issues de ces trois jours de débats à l’AIGF serviront de boussole pour façonner la future réglementation ivoirienne des télécommunications.
AP/APA





