Près d’un siècle après l’établissement des premières limites territoriales, la Côte d’Ivoire et le Ghana viennent de franchir un cap historique dans la sécurisation et la gestion de leur frontière commune. Ce jeudi 24 septembre 2026, au cours d’une cérémonie officielle à Dibi, un village de la région du Sud-Comoé, les autorités des deux États ont procédé à la remise officielle de 78 nouvelles bornes de démarcation.
Cet événement marque le succès de la première phase du processus de réaffirmation de la frontière terrestre, initié en août 2022 par la Commission technique mixte ivoiro-ghanéenne. Et ce, dans l’optique de rendre la frontière plus visible pour éviter les conflits.
L’opération, qui s’étend sur un linéaire de 150 kilomètres allant de la mer (borne BP 55 entre Newtown, au Ghana, et Afforenou) jusqu’à l’intérieur des terres (borne BP 45 entre Yaou et N’siakrom), répond à une nécessité urgente. Les anciennes bornes, dégradées par le temps et de taille trop réduite, laissaient place à des ambiguïtés.
Le nouveau dispositif comprend 78 bornes espacées d’un kilomètre, dotées de hauteurs visibles (1,5 mètre pour les 10 bornes principales et les 4 points de passage ; 1,2 mètre pour les 64 bornes intermédiaires).
« Près de 100 ans après l’installation des premières limites, nous venons réaffirmer ces bornes. Ce moment historique renforce notre coopération », s’est réjoui Diakalidia Konaté, secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNFCI).
Une frontière plus visible pour éviter les conflits
« Cette nouvelle matérialisation du tracé de la frontière terrestre présente l’avantage de prévenir toute ambiguïté, tant pour les autorités et les services publics locaux de nos deux États que pour les populations riveraines qui la franchissent quotidiennement », a-t-il dit.
Il a rappelé que « cet immense travail n’aurait pu être réalisé sans l’appui soutenu du Programme Frontière de l’Union africaine et l’importante contribution financière de la République fédérale d’Allemagne, à travers la GIZ. »
« Nous avons grand espoir de pouvoir continuer à compter sur l’appui précieux de nos Partenaires au développement, notamment la République Fédérale d’Allemagne à travers la GIZ et le Programme Frontière de l’Union Africaine, afin de mener à son terme, le processus de réaffirmation de l’ensemble de notre frontière terrestre commune », a-t-il poursuivi.
Les travaux de la deuxième phase de réaffirmation de la ligne frontière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, débuteront avant la fin de l’année 2026, a assuré secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNFCI).
Forts de cette première réussite, Abidjan et Accra espèrent pouvoir continuer à s’appuyer sur leurs partenaires internationaux pour mener à son terme la réaffirmation de l’intégralité de leur frontière terrestre commune.
« Pas un mur, mais un pont »
Loin de vouloir diviser les populations riveraines qui traversent la zone au quotidien, les responsables des deux délégations ont insisté sur la portée fraternelle de cette démarcation. Le général de division Anthony Ntem, commissaire général de la Ghana Boundary Commission, a tenu à rassurer les populations.
« Ces bornes sont essentielles. Elles ne viennent pas mettre fin aux relations séculaires entre nos deux pays. C’est plutôt un outil d’une meilleure gouvernance frontalière. Cette ligne frontière ne constitue pas un mur, mais un moyen de promotion de la collaboration pour faire face aux défis frontaliers », a-t-il souligné.
Cette vision est partagée par la République fédérale d’Allemagne qui, à travers la GIZ et le Programme Frontière de l’Union africaine, a financé et soutenu techniquement ce projet.
Selon l’Ambassade d’Allemagne en Côte d’Ivoire, l’objectif de Berlin est double : clarifier les responsabilités pour exclure les conflits, mais surtout encourager la coopération transfrontalière car « les frontières ne doivent pas séparer les peuples et les États ».
Au-delà de l’aspect cartographique, cette matérialisation permet d’engager des actions de sécurité concrètes sur le terrain. Les deux commissions ont profité de l’occasion pour annoncer que des opérations conjointes de grande envergure sont actuellement en cours.
Des Forces de défense et de sécurité, associées aux agents des Eaux et Forêts des deux pays, sont déployées sur le terrain pour mener une lutte coordonnée contre l’orpaillage illégal, fléau localement appelé « galamsy » au Ghana, et assurer une gestion intégrée et durable des ressources naturelles partagées.
AP/APA





