Adoptée fin 2025 par la Tunisie, la loi en faveur des chômeurs de longue durée peine à se concrétiser.
La loi 18, promulguée le 22 décembre 2025 en Tunisie, visait à instaurer des «dispositions exceptionnelles» pour faciliter le recrutement des diplômés de l’enseignement supérieur en chômage de longue durée, notamment dans le secteur public.
Portée par le président Kaïs Saïed, cette initiative devait répondre à une problématique structurelle du marché du travail. Plus de quatre mois après son adoption, aucun déploiement effectif n’a été observé, selon plusieurs sources concordantes, alimentant un regain de mobilisation sociale fin avril.
Dans le prolongement de ce constat, les autorités tunisiennes n’ont pas détaillé de calendrier opérationnel précis ni les mécanismes administratifs permettant l’intégration progressive des bénéficiaires. Le texte prévoit en principe l’embauche prioritaire de diplômés au chômage depuis plus de dix ans, un segment particulièrement exposé à la précarité et à l’exclusion professionnelle. Toutefois, l’absence de décrets d’application et de procédures claires freine sa mise en œuvre.
Ce blocage s’inscrit dans un contexte économique marqué par des marges budgétaires limitées et des tensions persistantes sur les finances publiques. Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), le taux de chômage en Tunisie s’établissait à 15,8% en 2025, avec des niveaux nettement plus élevés chez les diplômés de l’enseignement supérieur, dépassant 20% dans certaines régions. Aucun coût global officiel de la loi n’a été communiqué à ce stade, ce qui entretient des interrogations sur sa soutenabilité.
Dans ce cadre, les manifestations observées fin avril traduisent une impatience croissante parmi les diplômés concernés. Plusieurs rassemblements ont été signalés dans différentes villes du pays, où les protestataires réclament l’activation immédiate des engagements pris par les autorités. Ces mobilisations interviennent dans un climat social déjà marqué par des revendications liées à l’emploi et au pouvoir d’achat.
Face à cette situation, le gouvernement n’a pas encore apporté de réponse détaillée sur les délais de mise en œuvre, se limitant à rappeler l’objectif de la loi. Des observateurs estiment que la concrétisation du dispositif dépendra de la capacité de l’État à mobiliser des ressources et à restructurer les modalités de recrutement dans la fonction publique, déjà sous pression.
L’absence d’application effective de la loi 18 illustre les difficultés de traduction des annonces politiques en mesures opérationnelles dans un environnement économique contraint. Elle pose également la question de la crédibilité des politiques publiques en matière d’emploi, à l’heure où la demande sociale reste particulièrement élevée en Tunisie.
MK/AK/Sf/APA







