Face à l’action en justice menée par des militants contestataires exigeant la destitution de Tidjane Thiam pour non-respect des critères d’éligibilité, notamment l’obligation d’avoir siégé dix ans au Bureau politique, la direction du parti a décidé de rompre le silence.
Lors d’une conférence de presse animée, ce mardi 4 août 2026, au siège du parti à Cocody, le porte-parole du PDCI (opposition), Soumaila Bredoumy, a apporté des clarifications méthodiques visant à démonter les arguments des frondeurs contestant l’éligibilité de Thiam.
La tempête judiciaire et politique qui secoue le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) connaît un nouveau rebondissement. A la suite d’une autre plainte similaire, le juge chargé du dossier a rabattu le dossier, rouvrant les débats.
Membre du Bureau politique depuis 1996
« Le président Tidjane Thiam est membre du Bureau politique depuis 1996 », a d’emblée martelé Soumaila Bredoumy pour couper court aux rumeurs. S’appuyant sur les textes fondamentaux de la formation, le porte-parole a rappelé une règle administrative stricte : « Tant que vous n’êtes pas exclu du Bureau politique, ou que vous n’avez pas démissionné, vous demeurez membre. »
La direction du parti reconnaît volontiers les longues absences passées par Tidjane Thiam à l’étranger, mais précise que cela n’annule en rien son statut de membre du Bureau politique. La seule conséquence de ces absences concernait le droit de vote aux sessions.
« Si vous n’êtes pas à jour de vos cotisations, vous ne pouvez pas participer aux réunions du bureau politique. Chaque fois qu’il y a une réunion, une note rappelle cette obligation. Mais, si vous n’êtes pas mort, si vous n’avez pas démissionné et si vous n’êtes pas exclu par le congrès, vous restez membre », a déclaré Soumaila Bredoumy.
Pour clore définitivement le débat sur la régularité financière de son leader, Soumaila Bredoumy a révélé les coulisses d’une rencontre historique à Daoukro (centre-est) entre Tidjane Thiam et feu le président Henri Konan Bédié.
C’est le Sphinx de Daoukro lui-même qui avait demandé à Tidjane Thiam de régulariser sa situation financière pour s’impliquer davantage dans la vie interne du parti, a fait savoir le porte-parole du PDCI, le député Bredoumy Soumaila.
Le porte-parole a décrit un imbroglio administratif impliquant l’ancien secrétaire exécutif en chef : « Bédié lui dit de payer au moins dix ans de cotisations. Thiam confie la tâche à son frère Aziz. Au siège, Kakou Guikahué lui demande d’abord de ne payer qu’une seule année. Aziz retourne voir Bédié qui insiste pour dix ans ».
« Les dix ans ont finalement été payés, l’argent a été encaissé dans les caisses du parti et c’est Kakou Guikahué lui-même qui a signé le reçu ».
Lancé dans une vive diatribe, Bredoumy s’est interrogé : « Ils prennent l’argent, on dépense l’argent. Donc, s’il y a du faux, qui a fait le faux ? »
Une « arnaque intellectuelle et politique »
Par la suite, certains ont affirmé qu’il n’était pas membre du Bureau politique et qu’il devait introduire une demande auprès du président Bédié. Ce à quoi Tidjane Thiam a répliqué qu’étant déjà membre, le président lui avait simplement demandé de régulariser sa situation financière.
Selon le porte-parole du PDCI, les détracteurs de Tidjane Thiam espéraient qu’il commette l’erreur de formuler une nouvelle demande d’intégration au Bureau politique à l’époque, ce qui aurait constitué une preuve juridique de son absence prolongée de l’organe de décision.
« C’est de l’arnaque intellectuelle et politique et nous n’allons pas accepter ça. Quand il s’est porté candidat à la présidence du parti, pourquoi n’ont-ils pas montré ces prétendues preuves ? », s’est insurgé le conférencier, avant de lancer une pique directe aux frondeurs : « D’autres disent qu’ils sont les héritiers de Bédié, mais s’ils ont un testament, ils n’ont qu’à le montrer et puis on va avancer. »
Alors que la tension reste palpable au sein du plus vieux parti de Côte d’Ivoire, le dénouement de cette bataille interne est désormais entre les mains de la justice ivoirienne. Le verdict très attendu de ce procès est fixé au 22 octobre 2026.
AP/Sf/APA







