L’Église d’Angleterre réaffirme son engagement en faveur d’un fonds de justice réparatrice destiné aux communautés africaines victimes de la traite transatlantique, mais l’initiative continue d’alimenter un vif débat sur la responsabilité historique et la portée des réparations.
L’engagement renouvelé de l’Église d’Angleterre en faveur d’un fonds de justice réparatrice destiné aux communautés africaines affectées par la traite transatlantique des esclaves ravive la controverse sur la responsabilité historique et les modalités des réparations.
En visite au Ghana, la nouvelle archevêque de Canterbury, Dame Sarah Mullally, a réaffirmé la volonté de son Église de soutenir les populations qui subissent encore les conséquences de l’esclavage. Lors d’une étape au château de Cape Coast, principal point de départ des captifs africains vers les Amériques, elle a estimé que « la repentance implique des actes », justifiant ainsi la mise en œuvre d’actions concrètes en faveur des communautés concernées.
Cette démarche s’inscrit dans le prolongement de la reconnaissance, il y a trois ans, du rôle historique de l’Église d’Angleterre dans le système esclavagiste britannique. Des recherches avaient alors établi que son fonds de dotation historique détenait des investissements dans la Compagnie des mers du Sud, impliquée dans le commerce transatlantique des esclaves au XVIIIe siècle.
À la suite de ces révélations, l’Église a lancé le projet « Spire », doté de plus de 135 millions de dollars, afin de financer des programmes d’investissement, de recherche et de développement au bénéfice des communautés africaines durablement marquées par la traite négrière, qui a conduit à la déportation de quelque 14 millions d’Africains entre les XVIe et XIXe siècles.
Pour défendre cette initiative, un évêque de Manchester a estimé que l’Église ne pouvait « conserver un argent acquis de manière aussi illicite », comparant ces ressources au butin d’un cambriolage.
Toutefois, ce programme fait l’objet de critiques croissantes. Plusieurs historiens et responsables ecclésiastiques contestent les conclusions du rapport commandé par l’Église sur son implication dans la traite négrière. Ils estiment que les faits ont été exagérés et que les investissements concernés ne prouvent pas une participation directe au commerce des esclaves.
Le professeur émérite Richard Dale, de l’Université de Southampton, soutient notamment que les placements du fonds Queen Anne’s Bounty étaient réalisés sous forme d’obligations d’État et non d’investissements directs dans la Compagnie des mers du Sud. Selon lui, les responsables de l’Église ont été induits en erreur par une interprétation historique erronée.
« Il existe des preuves irréfutables que les investissements du Queen Anne’s Bounty n’ont tiré aucun profit de la traite négrière », affirme-t-il, rejetant les conclusions ayant conduit à la création du fonds de réparation.
Au Ghana, où plusieurs sites côtiers témoignent encore de l’ampleur de la traite transatlantique, les autorités accueillent favorablement les déclarations de l’archevêque tout en appelant à des mesures concrètes. Accra, qui plaide depuis plusieurs années aux Nations Unies pour des excuses officielles et une justice réparatrice, espère que cette nouvelle initiative ne se limitera pas à des engagements de principe.
Le débat sur les réparations demeure ainsi ouvert, opposant les partisans d’une reconnaissance accompagnée d’actions concrètes à ceux qui contestent les fondements historiques et juridiques des mécanismes de compensation.
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