Le principal syndicat tunisien des journalistes dénonce une multiplication des poursuites, des pressions éditoriales et des atteintes aux droits sociaux des professionnels des médias.
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a dénoncé une détérioration «grave et sans précédent» de la liberté de la presse et d’expression en Tunisie, dans un rapport d’activité couvrant la période de janvier 2025 à juillet 2026, publié à l’issue de sa deuxième assemblée générale ordinaire.
Le document fait état d’une multiplication des poursuites judiciaires contre les journalistes, de pressions croissantes sur les médias et d’un recul plus général des libertés publiques. Le SNJT rappelle notamment que les journalistes Mourad Zghidi, Borhane Bsaïes et Zied El Hani demeurent emprisonnés.
Le syndicat met particulièrement en cause le décret-loi 54 relatif à la lutte contre les fausses informations et les rumeurs en ligne. Selon lui, ce texte est régulièrement utilisé pour criminaliser le travail journalistique, restreindre la liberté d’expression et censurer les opinions critiques. Il en réclame la révision ainsi que l’application des décrets-lois 115 et 116 comme cadres juridiques de référence pour les affaires liées à la presse et à l’audiovisuel.
Le rapport alerte également sur la recrudescence des campagnes de haine et de harcèlement visant les journalistes, considérées comme une menace directe pour leur sécurité. Les médias couvrant les questions migratoires seraient particulièrement exposés, dans un contexte marqué par la propagation de discours hostiles aux migrants subsahariens sur les réseaux sociaux.
À ces pressions judiciaires et numériques s’ajoute une dégradation des conditions professionnelles. Le SNJT relève des licenciements abusifs, des retards dans le versement des salaires, le recours à des contrats jugés illégaux ainsi que des interventions dans les choix éditoriaux. Ces pratiques «suscitent l’autocensure et affaiblissent le pluralisme des médias», avertit le syndicat.
Affiliée au SNJT, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a appelé les autorités tunisiennes à libérer immédiatement Mourad Zghidi, Borhane Bsaïes et Zied El Hani et à mettre fin à la criminalisation des professionnels des médias.
«Il ne peut y avoir de démocratie sans presse libre, ni de presse libre sans journalistes en sécurité», a déclaré le SNJT, affirmant sa volonté de poursuivre la défense de l’indépendance du secteur et des droits de ses membres par «tous les moyens légitimes».
MK/AK/Sf/APA







