L’Algérie a inauguré dimanche 30 novembre une conférence internationale de deux jours consacrée à la « justice pour les Africains » et aux réparations liées à l’esclavage et au colonialisme. Organisée à l’initiative du président Abdelmadjid Tebboune, cette rencontre, réunissant historiens, diplomates et juristes africains, se veut un moment fort du calendrier continental. Elle intervient dans un contexte où Alger multiplie les rendez-vous symboliques pour renforcer son prestige régional et se prévaloir d’un leadership africain que la réalité politique et économique du continent ne lui reconnaît pas toujours.
À l’ouverture, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a dressé un réquisitoire appuyé contre les puissances coloniales, appelant à « nommer les crimes » et à engager une démarche collective de « reconnaissance franche et responsable ». Il a insisté sur le caractère « imprescriptible » des violences coloniales, présentant la démarche algérienne comme un « droit légitime » réclamé au nom de l’ensemble du continent. Une formulation qui, sous couvert de solidarité africaine, replace Alger au centre du débat mémoriel sans pour autant refléter un mandat explicite de l’Union africaine.
Dans la salle, les diplomates africains ont relayé l’idée d’un cadre commun, à l’image du ministre angolais des Affaires étrangères, Téte Antònio, plaidant pour passer de la reconnaissance à la réparation. Mais plusieurs observateurs notent que cette ligne, si elle mobilise une mémoire partagée, peine à s’inscrire dans un agenda africain prioritairement centré sur la sécurité, le commerce intra-africain et la souveraineté économique. Pour l’Algérie, l’exercice apparaît autant politique qu’historique : rappeler sa légitimité révolutionnaire pour compenser une influence limitée dans les grandes dynamiques africaines contemporaines.
Ahmed Attaf a réservé une longue séquence à l’occupation française en Algérie, décrite comme un « modèle sans pareil dans l’histoire coloniale ». Égrenant massacres, expropriations et politiques d’éradication culturelle, il a réaffirmé la singularité de l’expérience algérienne tout en l’inscrivant dans une mémoire africaine élargie, évoquant notamment les violences commises au Congo, au Cameroun, à Madagascar ou en Namibie. Une manière de replacer l’Algérie au cœur du récit continental, même si certains diplomates jugent en privé cette insistance disproportionnée au regard de la diversité des trajectoires africaines.
Le président du Parlement panafricain, Fortune Charumbira, a appelé chaque pays à documenter précisément les crimes subis afin de formuler des demandes cohérentes de réparation. Une approche plus méthodique que la posture narrative d’Alger. Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a, lui, invité à réfléchir à des alternatives aux compensations financières, telles qu’une meilleure représentation africaine dans les institutions mondiales ou une réforme de la dette, signifiant ainsi que l’avenir du continent se joue autant dans les rééquilibrages institutionnels que dans la dénonciation du passé.
Dans cette conférence très symbolique, l’Algérie affiche son ambition de parler au nom de l’Afrique, tout en révélant, par l’ampleur de son discours, les limites d’un leadership davantage proclamé que réellement partagé.
MK/AK/Sf/APA







