Le Mali souhaite que la Confédération des États du Sahel (AES) soit pleinement prise en compte dans la revue stratégique du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), afin d’adapter l’action de l’ONU aux nouvelles réalités politiques et sécuritaires de la sous-région.
La requête de Bamako pour l’intégration de l’AES dans la revue de l’UNOWAS a été exposée lundi lors d’une séance de travail entre le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, son collègue chargé de la Réconciliation, Ismaël Wagué, et une délégation conduite par Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie et ancienne haute responsable des Nations Unies, qui dirige la revue indépendante du mandat et des activités de l’UNOWAS.
Selon le ministère malien des Affaires étrangères, les deux ministres ont plaidé pour un mandat de l’UNOWAS davantage adapté aux transformations de la région, notamment par la « prise en compte de la dimension Confédération AES » dans les relations futures entre l’ONU et les organisations régionales.
Les échanges ont également porté sur les priorités maliennes en matière de gouvernance, de sécurité et de réconciliation. Bamako a défendu une conduite nationale du processus de paix à travers la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, après la dénonciation, en janvier 2024, de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger.
Une architecture régionale en recomposition
La demande malienne intervient dans un contexte de profonde recomposition de l’architecture régionale ouest-africaine. Basé à Dakar, l’UNOWAS est une mission politique chargée notamment de la diplomatie préventive, des bons offices, de l’analyse des risques et du soutien aux initiatives de paix. Il ne dispose pas de troupes et ne constitue pas un dispositif militaire.
Son mandat a été prolongé jusqu’au 31 janvier 2029, mais le Conseil de sécurité a demandé une revue stratégique indépendante destinée à évaluer et adapter ses activités. Le rapport conduit par Sahle-Work Zewde doit être remis avant le 30 septembre 2026, avant son examen avec les observations du secrétaire général de l’ONU.
Traditionnellement, l’UNOWAS travaille étroitement avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), notamment sur la prévention des crises, les processus électoraux et la sécurité régionale. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, devenu effectif le 29 janvier 2025, a toutefois profondément modifié le paysage institutionnel ouest-africain.
Les trois pays avaient créé l’Alliance des États du Sahel le 16 septembre 2023, avant de transformer cette alliance en Confédération des États du Sahel le 6 juillet 2024. Ils développent depuis des mécanismes communs dans les domaines de la défense, de la diplomatie et de l’intégration économique.
Bamako veut un dialogue avec l’ONU
En demandant la prise en compte de l’AES, Bamako souhaite ainsi établir un canal institutionnel entre la Confédération et l’UNOWAS, en complément des relations du Bureau avec la CEDEAO et les autres organisations régionales.
Une telle évolution pourrait ouvrir la voie à davantage de consultations sur les questions de sécurité transfrontalière, d’action humanitaire, de transitions politiques et de coopération avec les agences, fonds et programmes des Nations unies.
La rencontre de Bamako demeure toutefois une étape consultative. La décision d’intégrer ou non l’AES dans les méthodes de travail de l’UNOWAS dépendra des recommandations issues de la revue stratégique, des observations du secrétaire général de l’ONU et des décisions ultérieures du Conseil de sécurité.
Les autorités maliennes ont par ailleurs appelé à une meilleure coordination de l’action des agences, fonds et programmes des Nations unies présents au Mali. Le rapport attendu avant la fin septembre permettra de mesurer la place qui sera finalement accordée aux nouvelles structures régionales, notamment à la Confédération des États du Sahel.
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