Présentée comme une mesure exceptionnelle de clémence, la décision présidentielle de régulariser certains Algériens en situation irrégulière à l’étranger soulève des interrogations sur ses motivations politiques, ses critères flous et son efficacité réelle.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décrété, dimanche 11 janvier, une mesure de régularisation sous conditions en faveur d’une catégorie d’Algériens en situation irrégulière à l’étranger. L’annonce a été faite à l’issue d’un Conseil des ministres présidé par le chef de l’État, à la veille de la célébration du nouvel an amazigh Yennayer 2976, un calendrier symbolique qui confère à la décision une forte portée politique.
Selon le communiqué officiel, la mesure cible prioritairement des Algériens décrits comme vivant dans une « situation de précarité et d’irrégularité », et qui auraient été « induits en erreur » ou instrumentalisés à l’étranger contre l’image de l’État algérien. Le discours officiel insiste sur le caractère mineur des faits reprochés à une partie d’entre eux, évoquant de simples convocations policières ou des infractions liées à l’ordre public, sans condamnations lourdes ni crimes avérés.
Une seconde catégorie est explicitement mentionnée : celle de ressortissants accusés d’avoir exploité les statistiques de la harga — l’émigration clandestine — pour « ternir l’image de l’Algérie » et encourager le départ illégal des jeunes. Une formulation qui mêle considérations migratoires et griefs politiques, et qui laisse planer une ambiguïté sur la frontière entre situation administrative irrégulière et dissidence supposée.
Le communiqué adopte par ailleurs un ton fortement paternaliste, décrivant ces Algériens comme livrés à la misère, contraints à des « tâches humiliantes » et exposés à des réseaux criminels. Une rhétorique qui vise à justifier la mesure par un impératif de protection sociale, tout en renvoyant implicitement la responsabilité de leur situation à des manipulations extérieures plutôt qu’aux conditions économiques et sociales internes ayant alimenté l’exode.
La régularisation annoncée reste toutefois strictement encadrée. Deux conditions principales sont posées. La première impose aux bénéficiaires un engagement formel à « ne pas récidiver », sans que la notion de récidive ne soit clairement définie dans le texte officiel. La seconde exclut explicitement toute personne impliquée dans des crimes de sang, des trafics de drogue ou d’armes, ou ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers contre les intérêts de l’Algérie.
La mise en œuvre du dispositif est confiée aux consulats algériens à l’étranger, chargés d’accompagner les démarches « jusqu’au retour des enfants d’Algérie vers leur mère patrie ».
À ce stade, aucun chiffre officiel n’a été communiqué sur le nombre de personnes concernées ni sur les modalités pratiques de la régularisation, laissant planer le doute sur la portée réelle de cette annonce, entre geste humanitaire ciblé et opération politique soigneusement cadrée.
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