Face à la tragédie routière d’Oued El Harrach, Tebboune promet des mesures d’urgence qui révèlent surtout de l’improvisation chronique de l’État.Et la crise des transports perdurera.
Après le drame d’Oued El Harrach, le président Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion consacrée aux transports et dévoilé une série de mesures qualifiées de « fermes » par la présidence. Importation massive de bus et de pneus, réforme du permis de conduire, contrôles renforcés et élargissement des responsabilités : autant de décisions spectaculaires qui peinent toutefois à masquer l’ampleur d’une crise structurelle née de décennies de négligence et de mauvaise gouvernance.
Selon le communiqué officiel, 10 000 bus devraient être importés pour remplacer un parc vétuste, tandis que des stocks « urgents et massifs » de pneus seront introduits pour pallier la pénurie chronique. Une réforme des modalités d’obtention du permis sera présentée au prochain Conseil des ministres, accompagnée d’un arsenal législatif étendant la responsabilité des accidents aux auto-écoles, aux centres de contrôle technique et même aux gestionnaires d’infrastructures routières.
Si ces annonces donnent l’image d’une réaction énergique, elles révèlent aussi l’improvisation d’un État qui privilégie l’importation plutôt que la modernisation de son industrie locale, incapable de produire ses propres véhicules et pièces de rechange. Le recours systématique aux achats à l’étranger, malgré les discours sur la souveraineté économique, confirme les limites d’un modèle dépendant de la rente pétrolière.
La mise en avant du rôle de la gendarmerie et de la police pour renforcer les contrôles illustre une approche répressive plus que préventive, sans s’attaquer aux causes profondes : absence de politique durable d’entretien des routes, corruption dans les centres de contrôle technique et sous-investissement chronique dans les infrastructures de transport public.
Enfin, le volet compassionnel – minute de prière, deuil national et indemnisation symbolique des familles endeuillées – s’inscrit dans une communication politique récurrente où les gestes symboliques prennent le pas sur les réformes de fond. Les victimes, qualifiées de « martyrs de la route », sont ainsi instrumentalisées dans une rhétorique d’unité nationale, alors que les mêmes défaillances se répètent année après année.
Derrière la façade des « six clés » de Tebboune, se dessine donc une réalité moins reluisante : un système de transport défaillant, géré dans l’urgence et prisonnier d’une économie de rattrapage. Si les mesures annoncées peuvent atténuer temporairement la colère de l’opinion, elles ne sauraient constituer une réponse crédible à un fléau qui coûte chaque année des milliers de vies et mine durablement la confiance des Algériens envers leurs institutions.
MK/Sf/APA






