Corruption dans la police, menace de « narco-État », grâces controversées et bras de fer avec l’ancien président : Patrick Herminie a multiplié lundi les révélations lors d’une conférence de presse destinée à clarifier plusieurs dossiers sensibles qui agitent l’opinion publique seychelloise.
Le président seychellois a tiré la sonnette d’alarme sur la menace que représente le narcotrafic pour l’archipel, évoquant le risque de voir le pays basculer vers un « narco-État » en raison de la corruption policière et de l’implication d’agents des forces de l’ordre avec des trafiquants.
« Si nous ne faisons pas attention, les Seychelles risquent de devenir un narco-État », a averti le chef de l’État lors d’une rencontre avec les médias au cours de laquelle il a abordé plusieurs sujets d’actualité, dont les grâces présidentielles, la politique antidrogue et les tensions avec son prédécesseur.
Le président Herminie a identifié la corruption comme le principal obstacle dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, dénonçant l’existence de policiers actuellement en lien avec des réseaux criminels.
Face à cette situation, le gouvernement prévoit une restructuration en profondeur du dispositif de lutte antidrogue. L’Unité contre le crime organisé (ex-Bureau anti-narcotiques) et l’Unité d’investigation des crimes financiers seront placées directement sous l’autorité de la présidence, avec leur propre cadre législatif, et retirées de la tutelle policière.
Le chef de l’État a par ailleurs déploré l’absence de centres de réhabilitation adéquats et de programmes tangibles de prise en charge de la demande de drogue, des initiatives qui auraient été abandonnées durant les cinq dernières années.
Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par l’octroi de grâces présidentielles à cinq détenus, dont deux condamnés pour trafic de drogue, suscitant des interrogations sur la cohérence de la politique gouvernementale.
Le président Herminie a justifié ces mesures de clémence accordées sur recommandation d’un comité ad hoc. Trois grâces ont été motivées par des considérations humanitaires et médicales.
Le premier bénéficiaire doit subir un traitement médical à l’étranger après avoir été blessé lors d’une émeute carcérale en 2025. Les autorités indiennes ont exigé sa libération pour qu’il puisse recevoir les soins nécessaires, incluant une possible amputation des jambes. Le deuxième détenu, atteint d’une maladie en phase terminale, ne dispose que de quelques mois à vivre. Le troisième devait être libéré en février 2026.
Deux autres personnes liées à une affaire de présumé attentat à Grand Anse ont été graciées au motif qu’elles n’auraient pas bénéficié d’un procès équitable. Le président a indiqué avoir sollicité ce matin même un avis juridique sur la possibilité d’organiser un nouveau procès.
Toutes ces grâces sont assorties de conditions strictes. En cas de récidive, les bénéficiaires seront réincarcérés pour purger le reste de leur peine, a précisé le chef de l’État.
Sur la question de la légalisation du cannabis à des fins récréatives, Patrick Herminie a indiqué qu’aucune décision n’avait été prise. Il a plaidé pour un débat national sur ce sujet clivant, n’excluant pas la tenue d’un référendum. À titre personnel et en tant que médecin, il se dit opposé à cette légalisation.
Le président s’est également exprimé sur le cas de la ressortissante kényane Nassim Anwar Onezime, autorisée à revenir temporairement aux Seychelles après avoir été expulsée par l’administration précédente. Selon lui, cette femme a été contrainte de quitter le territoire sans qu’aucune infraction ne soit enregistrée à son encontre. Elle a depuis porté plainte contre le commissaire de police et obtenu gain de cause devant la Cour africaine de justice par défaut, les Seychelles n’ayant pas assuré leur représentation.
Les relations tendues entre Patrick Herminie et son prédécesseur Wavel Ramkalawan ont également occupé une large place dans les échanges avec la presse. Le président en exercice accuse l’ancien chef de l’État de recourir à des agents pour le suivre et le filmer, y compris dans sa résidence privée dont des images auraient été diffusées sur les réseaux sociaux.
« S’il souhaite être respecté, il doit aussi respecter la vie privée d’autrui », a lancé Patrick Herminie, annonçant qu’une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités.
Dans ce cadre, les armes à feu ont été retirées aux agents de sécurité de l’ancien président. Une décision conjointe avec les Forces de défense a confié la protection de Wavel Ramkalawan à des officiers militaires, conformément à un système similaire au Secret Service américain.
« Il doit accepter qu’il a perdu l’élection et attendre 2030 s’il veut se représenter », a déclaré le président actuel, accusant son prédécesseur de tenter de semer la division et la haine dans le pays.
Patrick Herminie a révélé que des déclarations du parti LDS évoquant un potentiel coup d’État en 2027 font l’objet d’une investigation. L’un des gardes du corps de l’ancien président a été interpellé lundi matin après avoir menacé un policier. Cet agent serait lié au complot présumé et sera jugé selon le droit militaire.
Le chef de l’État a néanmoins rappelé qu’un ancien président conserve le droit à une protection rapprochée à vie.
Enfin, Patrick Herminie a démenti les rumeurs selon lesquelles le gouvernement financerait son logement à Eden Island ou des travaux de rénovation dans sa résidence, qualifiant ces informations de « fausses rumeurs destinées à tromper le public » et à alimenter le ressentiment.
AC/APA





