Face aux défis économiques mondiaux, le Forum régional africain sur le développement durable appelle à une transformation radicale de son modèle de développement axée sur la création de valeur locale et l’accélération du commerce intracontinental.
Le 11e Forum régional africain pour le développement durable s’est conclu par l’adoption de la Déclaration de Kampala, un document appelant les nations africaines à répondre aux défis mondiaux en se concentrant davantage sur la création de valeur locale et le commerce intracontinental.
L’événement qui a rassemblé plus de 2 500 participants venus de tout le continent africain, s’est tenu en Ouganda, un pays considéré comme exemplaire en matière de progrès vers les Objectifs de développement durable.
L’économie ougandaise a fait preuve d’une résilience remarquable, avec une croissance dépassant la moyenne africaine depuis la période de reprise post-COVID-19.
Selon les projections de la Banque de l’Ouganda pour 2025, la croissance économique du pays devrait se maintenir entre 6,0% et 6,5% pour l’exercice 2024/25, et pourrait atteindre 7,0% dans les 2 à 3 prochaines années.
Claver Gatete, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a salué l’engagement du président Yoweri Museveni en faveur de la transformation du continent. Il a particulièrement mis l’accent sur l’appropriation africaine de la Déclaration, soulignant qu’il ne s’agissait pas d’un document émanant de la CEA ou des Nations Unies, mais bien d’une initiative purement africaine.
« Nous avons réalisé que le système financier mondial ne fonctionne pas pour l’Afrique. Le Consensus de Washington ne peut plus fonctionner pour nous », a déclaré Gatete lors de son intervention.
Il a évoqué les nombreux défis auxquels le continent a été confronté au cours des deux dernières décennies, notamment les chocs externes, la crise énergétique et l’instabilité dans certains pays. L’impact du changement climatique représente désormais plus de 5% du PIB continental, exerçant une pression supplémentaire sur des économies déjà fragilisées.
La dette africaine, qui dépasse aujourd’hui 1 000 milliards de dollars avec des paiements d’intérêts annuels de plus de 100 milliards de dollars, constitue une préoccupation majeure. Selon Gatete, cette situation n’est pas tenable et nécessite des solutions urgentes.
Il a souligné que les efforts actuels pour mettre en œuvre divers modèles de financement innovants, tels que les obligations vertes, bleues et durables, ne suffisent pas à résoudre le problème de l’endettement élevé du continent.
Le paysage de la dette africaine s’est considérablement complexifié au fil des années.
« Alors que la majeure partie de la dette était auparavant due au Club de Paris et se prêtait donc à une prise de décision relativement simple, il existe désormais beaucoup plus de prêteurs, y compris dans le secteur privé », a expliqué Gatete.
Cette diversification des créanciers, combinée à la géopolitique actuelle, complique la gestion de la dette. De plus, le cadre commun du G20 semble inadapté aux réalités africaines, et les faibles notes de crédit du continent – avec seulement deux pays ayant obtenu le statut d’investissement depuis l’indépendance – sont un signe que l’Afrique doit adopter une approche différente.
Leonard Zulu, coordonnateur résident des Nations Unies en Ouganda, a relayé le message du président Museveni sur la nécessité pour les pays africains de transformer leur approche du développement. « Son message était clair : nous devons cesser d’exporter nos emplois et nos matières premières », a-t-il rapporté.
À la place, le président a plaidé pour des investissements dans les infrastructures de transport avancées, l’énergie verte et abordable, une éducation transformatrice et des systèmes financiers robustes, tout en ajoutant intentionnellement de la valeur aux abondantes ressources du continent.
Zulu a également souligné l’interconnexion des défis africains, affirmant qu’« une paix durable exige un développement durable. Un développement durable exige un financement durable. Un financement durable exige un contrôle des flux économiques et financiers, et ce contrôle nécessite des institutions étatiques solides. »
Il a appelé à investir davantage dans la science, la technologie et l’innovation, ainsi qu’à adopter un état d’esprit qui favorise la transformation locale des matières premières plutôt que leur exportation brute.
Pour une croissance inclusive du continent, Zulu a insisté sur l’importance de prioriser l’égalité des genres, l’autonomisation des jeunes et la protection sociale. Il a également plaidé pour un renforcement des partenariats entre gouvernements, société civile, secteur privé et autres parties prenantes.
Le forum, qui a accueilli des chefs d’État et de gouvernement, des représentants de l’ECOSOC, de la société civile, du monde universitaire et d’organisations locales, régionales et internationales, ainsi que de la Commission de l’Union africaine, a également été marqué par plus de 45 événements parallèles organisés en ligne et en format hybride.
À l’issue de la rencontre, Maurice a été élu à la tête du nouveau Bureau du Forum régional africain pour le développement durable pour l’année 2025.
La Déclaration de Kampala devrait servir de base aux contributions africaines dans plusieurs processus mondiaux à venir, notamment le quatrième Forum pour le financement du développement (FFD-4), le Sommet social mondial, la COP 30 et les initiatives en faveur des pays les moins avancés sans littoral (LLDC).
ARD/te/Sf/APA







