Née des témoignages de victimes du dérèglement climatique à travers l’Afrique, la chanson « Oya », issue du projet « Clima Yaakaar », est devenue l’hymne d’une nouvelle forme de militantisme artistique, portant la voix des plus vulnérables jusqu’aux sommets politiques internationaux.
Médecins sans frontières (MSF), l’École des sables et l’artiste Mao Sidibé ont lancé jeudi soir, à Dakar, l’initiative « Clima Yaakaar », un projet artistique ambitieux qui marie musique traditionnelle ouest-africaine et danse contemporaine pour sensibiliser aux impacts sanitaires du changement climatique. Une démarche qui place l’art au cœur de la lutte climatique.
« Yaakaar signifie espoir. Si les deux mots devaient être en français, cela s’appellerait Climat Espoir », explique le Dr Didier Mukeba, responsable médical de MSF en Afrique de l’Ouest et du Centre. Cette initiative prend racine dans la conviction que l’art peut toucher là où les rapports scientifiques échouent.
« À travers la musique et la danse, ce projet souhaite porter un message fort, à savoir que le changement climatique n’est plus une abstraction lointaine, il a un impact concret et réel sur la vie des populations vulnérables », souligne le responsable médical de MSF.
Pour Mao Sidibé, artiste au cœur du projet, l’art possède une force de pénétration unique. « Il y a des gens, qui ne veulent pas lire, qui ne veulent pas regarder les journaux ou peut-être essayer de se renseigner sur ce qui se passe dans le monde. La musique et la danse servent ainsi d’alternative pour faire passer des messages que les gens reçoivent sans le vouloir même », relève-t-il.
L’artiste montre la force de son œuvre en racontant que sa fille de trois ans et demi, sans connaître le sujet, retient des mots et des idées sur le climat simplement en écoutant souvent la chanson « Oya », qui signifie « allons-y ensemble » en igbo et désigne une divinité liée à la destruction et à la reconstruction en yoruba au Nigeria.

Cette mélodie s’appuie sur des témoignages venus de plusieurs pays touchés par le changement climatique, comme Madagascar, le Soudan ou le Cameroun.
Paul Sagne, directeur de l’École des sables, abonde dans le même sens et défend une vision révolutionnaire du rôle de l’art dans l’engagement climatique. « Quand on parle de climat, ou de cette actualité, on le prend sous l’angle de réprimander ou de reprocher. En utilisant l’art, la conception de la justice peut changer de camp », affirme-t-il.
« Je ne peux avoir peur quand on réclame une justice, mais de le prendre avec amour, de savoir que c’est juste une partition à jouer aussi et que c’est tous ensemble qu’on peut vraiment construire une meilleure synergie contre ce dérèglement climatique », poursuit-il.
L’urgence sanitaire justifie l’urgence artistique
Cette mobilisation artistique prend tout son sens au regard des réalités alarmantes présentées par MSF.
« En 2024, en Afrique de l’Ouest, y compris au Sénégal, MSF a pris en charge approximativement 4 millions de déplacés, 4 millions de personnes, c’est 25 % de la population du Sénégal qui sont déplacés à cause des inondations », détaille le Dr Mukeba.
Maria Guevara, secrétaire médicale de MSF, confirme cette tendance dramatique. « Les hotspots humanitaires sont en effet les hotspots climatiques. A MSF, nous voyons de plus en plus de cas de malaria… dans des zones qui ne sont pas en fait dans les basses terres, mais même dans les hautes terres », alerte-t-elle.
« Nous voyons aussi de plus en plus de cas de choléra, il y a plus de 30 pays actuellement qui ont une épidémie de choléra, ce qui n’a pas été vu depuis les 3 dernières décennies », précise-t-elle.
L’art comme porte-voix politique

Au-delà de la sensibilisation, l’initiative « Clima Yaakaar » s’inscrit dans une démarche de plaidoyer en vue de la COP 30 au Brésil.
« Nous voulons que ces discussions sur le changement climatique ne se déroulent plus uniquement dans des bureaux climatisés des capitales. Nous sommes les porte-paroles de ces communautés pour dire aux hommes politiques qui iront à la COP 30 que vous pouvez bien être là en politique, mais nous serons avec vous. Vous devez savoir que c’est maintenant que nous devons agir », insiste le Dr Mukeba.
« Cette chanson est notre voix commune. Nous pouvons l’exprimer le plus magnifiquement avec la musique et la danse et l’apporter à la COP 30 ensemble avec tout le monde pour dire que maintenant est le jour où nous devons passer à l’action », renchérit Maria Guevara.
Mao Sidibé décrit « Oya » comme une chanson riche en émotions. Elle exprime à la fois la tristesse, la révolte, l’urgence d’agir, mais aussi l’espoir face aux défis climatiques.
Cette approche révolutionnaire place l’art au centre d’une nouvelle forme de militantisme climatique en Afrique, où les créateurs locaux s’associent aux organisations humanitaires pour porter la voix des plus vulnérables sur la scène internationale. Un projet qui prouve que la beauté peut être une arme puissante contre l’indifférence climatique.
ARD/ac/Sf/APA







