Nady Bamba, épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo, critique vivement dans une tribune l’ambassadeur ivoirien en France, Maurice Bandaman, accusant le pouvoir d’Abidjan d’utiliser la souveraineté à géométrie variable.
Nady Bamba a publié ce dimanche 19 juillet 2026 une tribune, dénonçant particulièrement la sortie récente de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Bandama, qui réagissait avec huit mois de retard à des propos de Jean-Luc Mélenchon en brandissant l’indépendance du pays depuis 1960.
Dans un communiqué officiel particulièrement vigoureux, l’ambassade de Côte d’Ivoire près la République française et la Principauté de Monaco, a élevé une vive protestation contre des propos de Jean-Luc Mélenchon, président du Parti des Insoumis en France.
Cette réaction fait suite à un récent meeting parisien au cours duquel l’homme politique français s’est prononcé sur la situation politique ivoirienne, accusant notamment le président Alassane Ouattara d’avoir éliminé ses adversaires à l’élection présidentielle de 2025 et de s’être fait réélire pour un quatrième mandat « anticonstitutionnel. »
La diplomatie ivoirienne n’a pas tardé à répliquer à ce qu’elle qualifie de propos « discourtois », « condescendants » et « irresponsables ». Dans sa déclaration, l’ambassade dénie fermement à Jean-Luc Mélenchon toute légitimité, qualité ou compétence pour s’ériger en juge des institutions de la République de Côte d’Ivoire.
Pour Nady Bamba, la ligne est claire : « La souveraineté ne doit pas devenir le refuge de nos contradictions ». Tout en saluant les qualités littéraires de l’écrivain Maurice Bandama, elle fustige la posture diplomatique de l’ambassadeur, y voyant une incohérence politique majeure.
L’épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo appelle à une prise de responsabilité des dirigeants africains face à leurs propres décisions, dénonçant un chantage diplomatique où Paris ferme les yeux sur les droits de l’homme en Côte d’Ivoire par peur de perdre ses intérêts économiques.
L’ancienne journaliste pointe du doigt le manque de cohérence du pouvoir d’Abidjan face à l’histoire récente. Elle s’étonne qu’on puisse aujourd’hui s’offusquer des déclarations d’un leader politique français tout en s’étant réjoui, en 2010, de l’intervention militaire violente de l’ex-président Nicolas Sarkozy.
Nady Bamba appelle à dissocier les actes des individus des peuples entiers : la France n’est ni Sarkozy ni Mélenchon, tout comme la Côte d’Ivoire ne se résume pas à son seul chef d’État. Elle insiste sur le fait que la souveraineté est un principe universel qui ne peut être brandi uniquement lorsque cela arrange les autorités.
L’un des axes forts de cette tribune réside dans le refus de l’afro-fatalisme et du rejet systématique de la faute sur l’Occident. Nady Bamba affirme que l’Afrique doit assumer ses propres choix, car ses maux ne viennent pas uniquement de l’extérieur.
Elle dénonce avec force ces leaders politiques africains qui préfèrent arpenter les couloirs des services secrets occidentaux plutôt que d’aller à la rencontre de leur peuple pour obtenir leur suffrage légitime. Selon elle, solliciter une puissance étrangère pour s’imposer via un scrutin truqué équivaut à une perte immédiate de souveraineté.
Analysant les propos de Maurice Bandama sur la « fidélité » affichée de la Côte d’Ivoire envers une France de plus en plus contestée sur le continent, Nady Bamba y voit une réalité ubuesque. Selon elle, Abidjan exerce un véritable chantage diplomatique sur Paris.
Ce mécanisme expliquerait le silence assourdissant de la France face aux violations des droits de l’Homme et aux récentes vagues d’arrestations en Côte d’Ivoire. Ce mutisme ne relèverait pas d’une politique de non-ingérence, mais de la peur viscérale de perdre ses derniers intérêts économiques et stratégiques en Afrique.
AP/Sf/APA







