Le président tunisien Kaïs Saïed a affirmé vendredi que « la Tunisie avance avec assurance et ce processus ne connaît pas de retour », lors d’un Conseil des ministres consacré à l’examen de plusieurs projets de loi. Derrière ce ton déterminé, son discours soulève de nouvelles interrogations sur la trajectoire politique et sociale du pays.
Le chef de l’État tunisien a de nouveau promis de répondre aux attentes des populations dans toutes les régions, en multipliant les références à la lutte contre la corruption et l’influence des lobbies au sein de l’administration. Selon lui, « les masques de ceux qui se présentaient comme adversaires, alors qu’ils étaient en réalité complices dans l’ombre, sont tombés ». Il a appelé à l’adoption de textes « radicaux », censés apporter des solutions aux chômeurs de longue durée et aux catégories les plus fragilisées.
Cependant, cette rhétorique tranche avec une réalité plus nuancée. Depuis son coup de force institutionnel de 2021, Kaïs Saïed concentre l’essentiel des pouvoirs entre ses mains, marginalisant partis politiques et contre-pouvoirs. Ses promesses de « lois révolutionnaires » restent perçues par ses opposants comme une attitude de consolidation autoritaire, plutôt qu’un véritable projet de relance sociale. Les critiques pointent l’absence de mécanismes clairs pour stimuler l’économie, créer des emplois ou restaurer la confiance des investisseurs étrangers.
La Tunisie traverse par ailleurs une crise économique aiguë, marquée par une inflation persistante, une dette croissante et une dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. Dans ce contexte, les annonces présidentielles, centrées sur la souveraineté et la dignité, peinent à masquer les difficultés quotidiennes des citoyens confrontés à la hausse des prix, aux pénuries récurrentes et à la fragilité des services publics.
Si Kaïs Saïed entend incarner une rupture avec le passé et promettre une « liberté réelle », ses opposants dénoncent un discours populiste qui éloigne le pays d’un compromis démocratique. Le processus que le président dit « irréversible » reste, selon nombre d’analystes, une trajectoire incertaine, et qui tourne entre volonté réformatrice et dérive autoritaire.
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