La décision de se séparer du , Premier ministre Nadir Larbaoui, survenue dans le sillage du drame de l’Oued El Harrach qui a coûté la vie à 18 personnes, illustre la stratégie du président Abdelmadjid Tebboune de désigner des boucs émissaires plutôt que d’assumer sa propre responsabilité.
Le limogeage du Premier ministre Nadir Larbaoui, remplacé par intérim par Sifi Ghrieb, révèle une nouvelle fois l’instabilité chronique au sommet de l’État algérien. Le 16 août, un bus transportant une cinquantaine de passagers a chuté d’un pont dans l’Oued El Harrach, près d’Alger. Le bilan de 18 morts et 23 blessés a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique, donnant lieu à une vague d’indignation rarement observée, malgré un climat marqué par la répression. L’absence prolongée de Tebboune, officiellement en soins à l’étranger, a nourri les interrogations. Pendant plusieurs jours, c’est l’armée qui a monopolisé la communication, le chef d’état-major Saïd Chengriha allant même jusqu’à se rendre au chevet des blessés, s’imposant comme figure de premier plan face au silence présidentiel.
L’apparition tardive et discrète de Nadir Larbaoui, deux jours après le drame, a renforcé les doutes sur son autorité réelle. Son absence remarquée lors d’une réunion sécuritaire présidée par Tebboune, en compagnie de Chengriha et du chef des renseignements intérieurs, a confirmé qu’il était le fusible tout désigné. L’éviction de Larbaoui n’a surpris personne, tant son maintien à la tête du gouvernement semblait fragile.
Sifi Ghrieb, ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, prend l’intérim. Il est le quatrième Premier ministre en moins de six ans, symbole d’un exécutif instable où les chefs de gouvernement se succèdent sans peser sur les orientations. Derrière ce jeu de chaises musicales, c’est la présidence qui concentre la décision, sans véritable contre-pouvoir ni résultats tangibles.
Le drame de l’Oued El Harrach a mis en lumière une autre faille structurelle : la politique d’interdiction des importations de véhicules et de pièces détachées, imposée par Tebboune au nom de l’économie de devises. Une mesure décriée, accusée d’avoir aggravé le vieillissement du parc de transport et d’alimenter la hausse des accidents de la route. Le président a bien tenté de rattraper la situation en annonçant l’importation de 10 000 bus et de pneus neufs, présentée par la presse officielle comme une décision « historique ». Mais cette initiative apparaît largement insuffisante pour masquer la faillite d’une politique jugée incohérente et coûteuse en vies humaines.
En coulisses, certains observateurs évoquent déjà la possibilité d’une mise en accusation du président lui-même, tant la colère populaire vise désormais directement Tebboune. Les réseaux sociaux bruissent d’appels à rendre des comptes, tandis que des médias proches de l’armée insistent sur la responsabilité du blocage des importations. Cette pression pourrait fragiliser davantage un chef de l’État dont le mandat, déjà miné par la contestation, semble vaciller.
Le remplacement de Nadir Larbaoui par Sifi Ghrieb ne constitue donc pas une réforme, mais une opération de diversion, dans un système où les Premiers ministres n’exercent qu’un rôle de figurants. Reste une question centrale : ce nouveau sacrifice suffira-t-il à prolonger artificiellement le mandat de Tebboune, ou le drame de l’Oued El Harrach marquera-t-il le début de sa chute politique ?
MK/ac/Sf/APA







