Riche en hydrocarbures et engagée dans des réformes jugées attractives, la Libye suscite un regain d’intérêt des majors énergétiques, malgré une instabilité politique et sécuritaire qui continue de peser lourdement sur les décisions d’investissement.
Les vastes réserves pétrolières de la Libye et les ajustements récents de son cadre fiscal et contractuel commencent à attirer l’attention des grandes compagnies énergétiques internationales, selon une analyse relayée par Bloomberg. Cette dynamique intervient alors que le pays reste confronté à des risques politiques élevés et à des fragilités structurelles persistantes dans son secteur énergétique.
D’après un rapport du cabinet de conseil Enverus Intelligence Research, le nouveau cycle d’octroi de licences lancé par Tripoli porte sur 22 blocs d’exploration contenant environ 10 milliards de barils de pétrole récupérables, auxquels s’ajouteraient près de 18 milliards de barils encore non découverts. Des volumes considérables qui placent la Libye parmi les territoires les plus prometteurs d’Afrique du Nord en matière d’exploration pétrolière.
Pour Tom Richards, directeur régional au sein d’Enverus, ce cycle de licences marque un tournant pour un secteur longtemps paralysé par l’instabilité. Les autorités libyennes ont notamment amélioré les conditions fiscales, simplifié les mécanismes de recouvrement des coûts et clarifié les accords de partage de production, des réformes destinées à réduire l’incertitude juridique et à rendre les projets plus bancables pour les investisseurs internationaux.
Cette ouverture reste toutefois conditionnée à des facteurs exogènes difficiles à maîtriser. La National Oil Corporation, pilier du secteur, ambitionne d’augmenter la production nationale de plus de 40 % afin d’atteindre deux millions de barils par jour à l’horizon 2030. Un objectif jugé ambitieux, voire optimiste, au regard de l’état des infrastructures, des besoins d’investissement et de la dépendance aux acteurs étrangers.
La prudence demeure d’autant plus de mise que la Libye reste politiquement fragmentée. La coexistence d’un gouvernement reconnu par la communauté internationale à l’ouest et d’une autorité rivale à l’est, soutenue par le maréchal Khalifa Haftar, continue de perturber par intermittence les flux pétroliers. Ces tensions ont, à plusieurs reprises, conduit à des fermetures de champs et de terminaux, rappelant aux investisseurs la vulnérabilité du secteur face aux rapports de force internes.
En dépit de son potentiel énergétique exceptionnel, la Libye apparaît ainsi comme un marché à haut rendement mais à haut risque. Les réformes en cours améliorent l’attractivité formelle du cadre d’investissement, sans pour autant dissiper les incertitudes politiques et sécuritaires qui constituent, pour les acteurs internationaux, le principal frein à un engagement massif et durable dans le secteur pétrolier libyen.
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