La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a officiellement lancé ce mardi 30 septembre sa Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI).
La cérémonie de lancement officiel de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) de l’Union économique et monétaire Ouest-africaine (Uemoa) s’est tenue ce mardi 30 septembre 2025 à Dakar, marquant une étape historique dans la modernisation des services financiers de la zone.
La plateforme PI, développée entièrement en interne par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bcéao), est un système de paiement instantané et interopérable, disponible 24 heures sur 24 dans les huit pays de l’Union. Cette infrastructure vise à répondre aux besoins d’une population de près de 150 millions d’habitants, dont une part significative vit en zone rurale.
Le projet, lancé en 2022, avait pour objectifs de « renforcer l’inclusion financière, réduire l’usage des espèces fiduciaires, promouvoir l’innovation et consolider l’intégration économique et financière de l’Union », a souligné le Gouverneur de la Bcéao, Jean-Claude Kassi Brou.
Depuis le lancement du système STAR-Uemoa le 25 juin 2004, la Bcéao œuvre à la modernisation de l’écosystème des paiements. Les résultats sont probants. Le taux d’inclusion financière dans l’Union monétaire Ouest-africaine (Umoa) s’établit aujourd’hui à 73,6%, contre seulement 14,6% il y a vingt ans, comme l’a rappelé le Gouverneur Brou. Cette transformation a été amorcée dès 2015 avec l’adoption d’un cadre réglementaire pour les activités de monnaie électronique.
Le Gouverneur a tenu à souligner « le choix stratégique, sans doute audacieux, de concevoir et de développer PI-SPI totalement en interne par la Bcéao», rendant hommage « aux membres de l’équipe projet pour leur engagement exemplaire et leur sens du devoir. »
Le ministre des Finances et du Budget de la République du Sénégal, Cheikh Diba, s’exprimant au nom du président du Conseil des ministres de l’Uemoa, a salué « le choix stratégique opéré par la Bcéao à travers la gratuité des services pour les particuliers (qui) contribuera à l’adoption massive de la monnaie électronique et à la réduction de la dépendance aux espèces. »
Selon le ministre, cette gratuité offre également aux institutions financières de réelles perspectives avec l’élargissement de la base clientèle, la réduction des charges d’exploitation notamment celles liées à la gestion du cash, ainsi que de plus grandes opportunités d’innovation.
M. Guy-Martial Awona, président de la Fédération des associations de banques et établissements financiers de l’Uemoa (FAPBEF-UEMOA), a exprimé « l’immense fierté et la profonde reconnaissance » de son organisation. « Pour nous, les banques et établissements financiers, fini les manipulations fastidieuses, les erreurs opérationnelles et les délais non maîtrisés dans le traitement des transferts », s’est-il réjoui.
L’interopérabilité au service du développement économique
M. Awona a par ailleurs souligné la portée stratégique du projet. « L’interopérabilité, ce n’est pas seulement une innovation technologique. C’est une réponse concrète aux défis de fragmentation, d’exclusion et de lenteur qui freinent souvent nos ambitions. C’est aussi un levier puissant pour accélérer la bancarisation, renforcer la confiance dans les paiements numériques et soutenir la compétitivité de nos économies », a-t-il dit.
La plateforme permet aux banques, institutions de microfinance, établissements de paiement, fintechs et émetteurs de monnaie électronique d’échanger sur une même plateforme numérique. Pour les usagers, elle permet d’envoyer ou de recevoir instantanément des virements à partir d’un compte bancaire, d’un portefeuille de monnaie électronique ou d’une institution de microfinance, que ce soit dans le pays de résidence ou dans un autre pays de la zone.
Le Ministre sénégalais des Finances a insisté sur l’impact de la plateforme pour le financement des économies. A l’en croire, les perspectives offertes par la plateforme PI devraient faciliter le déploiement du crédit pour les secteurs agricole et PME, à un coût plus faible, en particulier grâce aux micro et pico-crédits.
Concernant les Trésors publics, PI-SPI devrait permettre d’améliorer et d’optimiser sensiblement la collecte des recettes publiques. Le paiement des impôts, taxes, redevances et droits de douane sera plus simple, plus rapide et moins coûteux pour les contribuables, tout en renforçant la traçabilité et la transparence des opérations publiques, minimisant ainsi les risques de fraude et d’évasion fiscale, a indiqué Cheikh Diba.
Ce dernier a d’ailleurs annoncé avoir instruit ses services à prendre toutes les dispositions pour l’intégration effective du Trésor Public à la plateforme PI.
Une cinquantaine de banques, institutions de microfinance et établissements de monnaie électronique des huit pays ont déjà satisfait aux exigences techniques, de sécurité et de connectivité. Le président de la FAPBEF-Uemoa a salué la période de tests qui a permis les réaménagements nécessaires pour une mise en œuvre harmonieuse et sans heurt majeur.
M. Awona a toutefois rappelé que ce lancement n’est qu’un début et qu’il incombe désormais aux acteurs de garantir la sécurité, la fiabilité et la disponibilité de la plateforme, ainsi que de former, sensibiliser et accompagner les usagers pour qu’ils s’approprient pleinement les nouveaux outils mis à disposition.
Il a exhorté les membres encore en phase préparatoire à rejoindre au plus vite le train de l’interopérabilité, qui doit devenir un standard, et non une exception, précisant qu’elle doit irriguer tous les secteurs : de l’informel aux grandes entreprises et organisations, des zones rurales aux capitales, des jeunes entrepreneurs aux femmes leaders.
Dans les semaines à venir, la BCEAO engagera plusieurs actions, notamment un accompagnement ciblé des Trésors publics et une campagne de communication dans les huit États membres de l’Union. « PI ne pourra libérer son plein potentiel qu’à travers son adoption massive. C’est pourquoi j’appelle l’ensemble des acteurs économiques, institutionnels et techniques à se l’approprier et à en faire un véritable levier de transformation durable », a lancé le Gouverneur Brou.
Le Ministre sénégalais des Finances a également exhorté l’ensemble des parties prenantes à jouer pleinement leur rôle pour une adoption massive de cette nouvelle infrastructure. « PI est le symbole de notre détermination à bâtir ensemble une économie numérique forte et résiliente au service de l’Union », a-t-il affirmé.
ARD/Sf/APA







