Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens ont relancé le dialogue entre Bamako et Alger. Le sort de Mahmoud Dicko, le contentieux du drone et les accusations de soutien aux groupes armés restent toutefois sans règlement public.
Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a reçu lundi 20 juillet l’ambassadeur d’Algérie au Mali, Kamal Retieb, pour une visite officiellement inscrite dans la « redynamisation des relations de coopération et d’amitié » entre les deux pays. Cette audience intervient dix jours après les décisions réciproques de rétablir les ambassadeurs et de rouvrir les espaces aériens aux vols civils et militaires. Le général Mohamed Amaga Dolo a repris ses fonctions d’ambassadeur du Mali à Alger, tandis que Kamal Retieb a regagné son poste à Bamako.
Les mesures annoncées le 10 juillet mettent fin aux principales restrictions adoptées pendant la crise diplomatique ouverte en avril 2025. Elles rétablissent les canaux officiels entre deux États partageant plus de 1 300 kilomètres de frontière et confrontés aux mêmes menaces transfrontalières. Les communiqués publiés ne font cependant état ni d’une feuille de route politique, ni d’un mécanisme commun de sécurité, ni d’un accord destiné à régler les contentieux ayant conduit à la rupture.
Le dossier Mahmoud Dicko demeure sans réponse publique
La première dégradation majeure des relations remonte à décembre 2023, lorsque le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait reçu à Alger l’imam Mahmoud Dicko. Les autorités maliennes avaient alors reproché à l’Algérie des rencontres organisées, sans concertation avec Bamako, avec des personnalités considérées comme hostiles au gouvernement de transition et avec des responsables des anciens mouvements armés signataires de l’accord de paix de 2015. Le Mali avait convoqué l’ambassadeur algérien avant de rappeler son propre représentant à Alger.
Mahmoud Dicko vit depuis lors en Algérie. Ancien président du Haut Conseil islamique du Mali, il avait joué un rôle central dans les mobilisations du M5-RFP qui avaient fragilisé le président Ibrahim Boubacar Keïta avant son renversement en août 2020. Il s’est ensuite opposé à la prolongation du pouvoir militaire, à la Constitution adoptée en 2023 et au report des élections devant mettre fin à la transition.
Son retour annoncé pour le 14 février 2025 avait été abandonné après le déploiement d’un important dispositif sécuritaire à Bamako. Selon des sources sécuritaires, un ordre de service diffusé à la veille de son retour annoncé le 14 février 2025 évoquait, au conditionnel, des « activités subversives » qui lui seraient imputables et ordonnait de prévenir tout rassemblement dans la capitale. Depuis la reprise du dialogue diplomatique, aucune communication officielle ne précise si l’imam pourra regagner le Mali, s’il fait l’objet d’une procédure judiciaire formelle ou si des garanties ont été négociées avec Alger.
Le contentieux du drone reste juridiquement ouvert
La crise avait atteint son point culminant dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, lorsque l’armée algérienne avait abattu un drone militaire malien près de Tinzaouatène. Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré de deux kilomètres dans son espace aérien, s’en était éloigné puis y était revenu selon une trajectoire jugée offensive. Bamako a contesté cette version et transmis aux Nations unies des coordonnées situant la perte de l’appareil à environ 9,5 kilomètres au sud de la frontière, donc à l’intérieur du territoire malien.
Le Mali avait qualifié la destruction du drone d’acte d’agression visant à entraver une opération contre des groupes armés. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient rappelé leurs ambassadeurs en solidarité au sein de l’Alliance des États du Sahel, tandis que l’Algérie avait pris des mesures réciproques et fermé son espace aérien aux vols maliens.
En septembre 2025, Bamako a porté le différend devant la Cour internationale de Justice. La Cour a transmis la requête à Alger, mais a précisé qu’aucune procédure ne pourrait être engagée tant que l’Algérie n’aurait pas accepté sa compétence. Aucun retrait de la requête malienne ni consentement algérien à la juridiction de la Cour n’a été annoncé dans le cadre du rapprochement de juillet 2026.
Les accusations de soutien aux groupes armés n’ont pas été retirées
Les tensions dépassent l’incident du drone. Depuis la reprise des combats dans le nord du Mali, Bamako accuse régulièrement Alger d’accueillir, de protéger ou de soutenir des responsables de mouvements armés actifs contre l’État malien. L’Algérie rejette ces accusations et affirme défendre l’unité territoriale du Mali ainsi qu’une solution politique fondée sur le dialogue avec les populations et les groupes non djihadistes du Nord.
Le 25 janvier 2024, les autorités maliennes avaient dénoncé avec effet immédiat l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Signé en 2015 entre Bamako et plusieurs mouvements armés du Nord, ce texte prévoyait notamment une décentralisation renforcée, l’intégration d’anciens combattants et une meilleure représentation des régions septentrionales. Le gouvernement malien avait invoqué le non-respect des engagements par les autres signataires et des « actes hostiles » imputés à l’Algérie. Alger avait exprimé son profond regret et averti que l’abandon de l’accord pouvait menacer la stabilité du Mali et de la région.
La confrontation verbale s’était encore durcie en septembre 2025 devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga avait accusé l’Algérie d’être devenue un « promoteur et exportateur de terrorisme » dans le Sahel et lui avait demandé de cesser tout soutien aux groupes combattant le Mali. Ces accusations n’ont fait l’objet d’aucune rétractation publique depuis le rétablissement des relations diplomatiques.
Leur sort revêt une importance immédiate alors que les secteurs proches de la frontière algérienne restent au centre des opérations militaires. En juillet 2026, le Front de libération de l’Azawad et le JNIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda, ont mené de nouvelles attaques contre les forces maliennes et leurs partenaires russes autour d’Anéfis et sur l’axe conduisant à Gao. Les autorités maliennes n’ont annoncé aucun dispositif bilatéral avec Alger concernant le renseignement, la surveillance frontalière ou les mouvements des groupes armés.
La Russie, partenaire des deux capitales
La relation avec Moscou constitue un autre paramètre du rapprochement. L’Algérie entretient avec la Russie un partenariat ancien, renforcé en juin 2023 par une déclaration sur l’approfondissement de leur partenariat stratégique. La Russie demeure également son premier fournisseur d’armements : elle représentait 48 % des importations algériennes d’armes majeures entre 2020 et 2024, selon le SIPRI.
Le Mali a, de son côté, placé la Russie au centre de sa nouvelle politique de défense après le retrait des forces françaises et de la mission des Nations unies. À partir de décembre 2021, plusieurs gouvernements occidentaux et sources internationales ont attribué au groupe Wagner le déploiement de combattants russes au Mali. Bamako a constamment rejeté cette qualification, niant la présence d’une société militaire privée et affirmant accueillir uniquement des « instructeurs russes » dans le cadre d’un accord bilatéral destiné à renforcer les capacités des forces nationales.
En juin 2025, Wagner a lui-même annoncé la fin de sa mission au Mali, sans que les autorités maliennes aient auparavant reconnu officiellement sa présence sous cette appellation. Le discours officiel est désormais différent concernant l’Africa Corps : les communiqués des FAMa le désignent ouvertement comme un partenaire et font état de son appui aux opérations conjointes sur les théâtres de combat.
Cette présence russe a déjà provoqué des réserves à Alger. Après les combats de Tinzaouatène de juillet 2024, le représentant algérien auprès des Nations unies avait dénoncé les agissements des « armées privées » utilisées par certains États. Le président Tebboune avait également critiqué le recours aux mercenaires au Mali et en Libye, tout en préservant la relation stratégique de son pays avec Moscou.
Aucune source officielle ne permet toutefois d’attribuer à la Russie un rôle de médiation dans les décisions du 10 juillet 2026. Les communiqués algérien et malien présentent le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens comme des décisions prises par les deux chefs d’État, sans mentionner d’intermédiaire étranger ni aborder la présence de l’Africa Corps près de la frontière algérienne.
Pour l’heure, le rapprochement a donc rétabli les instruments élémentaires du dialogue sans annoncer de règlement des désaccords de fond. Le statut de Mahmoud Dicko en Algérie, la procédure engagée devant la Cour internationale de Justice, les accusations réciproques liées aux groupes armés, l’avenir de l’Accord d’Alger et la présence militaire russe restent absents des déclarations officielles publiées depuis le 10 juillet.
MD/ac/Sf/APA







