Un universitaire libyen alerte sur les risques d’une relance alternative du processus politique sous l’égide des Nations Unies, estimant qu’une initiative mal calibrée pourrait raviver les fractures institutionnelles et sécuritaires du pays.
Le débat autour d’une éventuelle « feuille de route alternative » pilotée par l’ONU prend de l’ampleur dans un contexte d’impasse persistante entre autorités rivales en Libye. Intervenant sur la chaîne Asharq News, le professeur de sciences politiques Mustafa Ben Hamouda a exprimé ses craintes quant aux conséquences d’un changement de stratégie internationale en Libye.
Selon lui, toute réinitialisation du processus politique doit tenir compte de la réalité d’un pays toujours fragmenté entre centres de pouvoir concurrents et marqué par la présence de formations armées influentes.
Le politologue reconnaît que des années de paralysie institutionnelle ont nourri l’idée qu’un nouveau cadre pourrait devenir inévitable. La Libye demeure divisée entre organes exécutifs et législatifs concurrents revendiquant chacun la légitimité, tandis que les élections nationales censées unifier les institutions n’ont pu être organisées. « L’impasse rend une autre voie apparemment nécessaire », a-t-il estimé, tout en s’interrogeant sur le coût politique et sécuritaire d’un tel basculement.
Mustafa Ben Hamouda souligne que les institutions en place ne sont pas de simples structures administratives susceptibles d’être dissoutes par décret. Derrière chaque entité se trouvent, selon lui, des alliances militaires, tribales et sociales solidement enracinées.
Une marginalisation ou une reconfiguration brutale des structures existantes risquerait d’entraîner des réactions en chaîne, dans un paysage où l’équilibre des forces demeure fragile. Le professeur appelle ainsi à une évaluation rigoureuse des modalités pratiques de toute nouvelle initiative internationale.
Il met également en garde contre un scénario de déstabilisation majeure si la transition était mal gérée. La Libye a connu plusieurs phases de conflit armé depuis 2011, et bien que les affrontements d’envergure aient diminué ces dernières années, les tensions liées à la légitimité des institutions, à la gouvernance et au contrôle des ressources nationales restent vives. Pour l’universitaire, toute tentative de sortie de crise doit concilier urgence politique et prudence stratégique.
Alors que les discussions autour d’un éventuel ajustement du cadre onusien se poursuivent, les avertissements d’experts mettent en lumière la complexité du terrain libyen et les risques inhérents à toute solution perçue comme imposée sans consensus interne solide.
MK/AK/Sf/APA






