Le Bureau d’information financière du Mozambique (GIFIM) a publié début septembre un Rapport d’analyse stratégique détaillant les mécanismes de financement des groupes terroristes actifs dans le pays. Selon ce document, plus de 458,6 millions de meticals (soit plus de 7 millions de dollars) ont été acheminés illicitement entre 2017 et 2024 via les systèmes financiers formel et informel.
Le Rapport d’analyse stratégique du GIFiM, publié le 5 septembre 2025, expose les mécanismes de financement du terrorisme au Mozambique, caractérisés par des dépôts et retraits fractionnés en espèces ainsi que des transferts de faibles montants via le système bancaire et les services financiers mobiles. Ces opérations ont permis de dissimuler l’origine et la destination des fonds destinés au recrutement et à la logistique des groupes armés.
Parmi les acteurs identifiés par le GIFiM figurent des commerçants et entrepreneurs établis dans les zones affectées, certains fonctionnaires publics, des agents de services financiers mobiles, des entreprises du secteur public et privé, ainsi que des membres de certaines organisations à but non lucratif.
Sur le plan géographique, les provinces principalement concernées sont Cabo Delgado – notamment les districts de Palma, Mocímboa-da-Praia et Chiúre -, la Zambézia, Nampula, Sofala, Manica et la ville de Maputo. Le document fait également état de ramifications vers d’autres pays d’Afrique australe, centrale et orientale.
Quant aux sources de financement, elles incluent des activités licites telles que le commerce alimentaire, la pêche et la distribution de carburants, mais également des activités illicites comme le trafic de drogue, l’extraction illégale de métaux précieux, la contrebande de bois et le trafic d’armes. Les transferts s’effectuent principalement par virements intra-bancaires et interbancaires multiples, comptes de mobile money et retraits en espèces dans des zones à haut risque.
Pour établir ces conclusions, l’analyse du GIFiM s’est appuyée sur l’examen de 86 Communications d’opérations suspectes, 403 Communications d’activités suspectes, 2 929 transactions de seuil et 53 Rapports de renseignement financier disséminés aux autorités compétentes sur la période 2017-2024.
Parmi les principaux indicateurs de suspicion identifiés figurent l’ouverture de multiples comptes de monnaie électronique sans justification, des retraits fréquents dans des zones d’attaques terroristes, des flux monétaires importants sans cause économique apparente, l’utilisation de « prête-noms » pour dissimuler les bénéficiaires effectifs, et le passage de fonds par de multiples comptes pour en perdre la trace.
Face à ces constats, le GIFiM recommande un renforcement des capacités des institutions financières dans la détection des transactions suspectes, une amélioration de la collaboration entre les autorités d’application de la loi et les institutions financières, ainsi qu’une sensibilisation accrue du pouvoir judiciaire et du grand public.
Le rapport du GIFiM vise à renforcer la prévention et la lutte contre le financement du terrorisme en fournissant des indicateurs actualisés aux institutions financières, aux autorités et au public, et à sécuriser les circuits financiers nationaux et régionaux face à une menace qui perdure depuis 2017 dans plusieurs régions du nord du Mozambique.
Ces révélations interviennent alors que le dernier rapport des experts de l’ONU sur l’État islamique et Al-Qaïda, publié en juillet 2025, confirme la persistance de la menace jihadiste dans la région. Selon ce document onusien, le groupe Ahlu Sunnah Wal Jama’a (ASWJ), affilié à la Province de l’État islamique au Cabo Delgado, compte entre 300 et 400 combattants dont environ la moitié sont des mineurs de moins de 17 ans recrutés de force. Le groupe, dirigé par le Tanzanien Suleimane Nguvu depuis janvier 2025, mène régulièrement des attaques de faible intensité dans les districts de Mocímboa-da-Praia, Muidumbe, Mbau et Macomia. Face à des ressources limitées, l’ASWJ se finance de plus en plus par des activités criminelles, notamment des enlèvements et demandes de rançon payables via des applications d’argent mobile, lui permettant de générer jusqu’à 3 000 dollars par semaine dans certaines zones minières.
AC/Sf/APA







