La comparution en appel de l’ancien juge et avocat Ahmed Souab relance les interrogations sur le respect du droit à la défense et sur l’état des libertés publiques.
L’ancien magistrat et avocat Ahmed Souab a comparu jeudi 12 février devant la cour d’appel de Tunis, près de trois cents jours après son arrestation dans une affaire à caractère terroriste. La chambre a décidé de reporter l’examen du dossier au 23 février à la demande du collectif de défense.
En première instance, en octobre 2025, le tribunal de Tunis l’avait condamné à cinq ans de prison et à trois ans de surveillance administrative, en application de dispositions de la législation antiterroriste.
L’affaire a suscité un large écho en Tunisie et à l’étranger. Plusieurs organisations et personnalités ont dénoncé une atteinte au droit à un procès équitable, estimant que le jugement de première instance, rendu à l’issue d’une audience à distance de quelques minutes sans plaidoiries, soulève des interrogations procédurales. Le collectif de défense affirme que l’accusé n’a pas pu exercer pleinement son droit à la parole ni bénéficier d’un débat contradictoire effectif.
Les poursuites font suite à une déclaration médiatique de Me Souab devant le palais de justice de Bab Bnet, à l’issue d’une audience liée au dossier dit du « complot contre la sûreté de l’État », dans lequel il assurait la défense de personnalités politiques. Dans cette intervention, il avait utilisé une métaphore évoquant des pressions pesant sur les magistrats. Deux jours plus tard, il était arrêté puis inculpé sur la base d’accusations relevant de la loi antiterroriste.
Dans un communiqué, Human Rights Watch a estimé que l’affaire illustre « l’ampleur de la répression exercée contre toute forme de dissidence ». Les autorités n’ont pas publiquement détaillé les éléments matériels retenus à charge au-delà des qualifications juridiques mentionnées dans le jugement.
Âgé de 68 ans, ancien juge au tribunal administratif jusqu’en 2017, Ahmed Souab s’était illustré par plusieurs décisions marquantes avant 2011, puis par ses prises de position publiques sur l’indépendance de la justice et la justice transitionnelle.
Depuis son arrestation, des mobilisations ont été organisées, dont une manifestation le 25 avril 2025 à Tunis. Pour ses soutiens, l’affaire dépasse le cas individuel et constitue un test pour l’État de droit ; pour ses détracteurs, elle relève d’une application stricte de la loi. Le verdict en appel est attendu comme un moment clé dans un contexte politique et judiciaire particulièrement sensible.
MK/Sf/APA







