Abdelmadjid Tebboune promet une indemnisation intégrale et un retour rapide à la normale, tout en réclamant la peine capitale contre les incendiaires avant même la publication des conclusions sur l’origine des feux.
Le président algérien a présidé une réunion consacrée aux conséquences des incendies meurtriers ayant frappé plusieurs wilayas du Centre et de l’Est. En présence de responsables civils et militaires, il a ordonné la prise en charge des sinistrés, le rétablissement des services essentiels et l’ouverture d’investigations pour déterminer les causes de la catastrophe.
Abdelmadjid Tebboune a promis une indemnisation «à 100%» des victimes après le recensement des dommages, allant jusqu’à assurer que «le moindre clou sera remboursé». Une commission doit évaluer les pertes, mais aucune précision n’a été donnée sur son calendrier, les critères d’éligibilité, les voies de recours ou les ressources budgétaires mobilisées. L’engagement présidentiel reste donc, à ce stade, une promesse politique dont l’exécution sera difficile à vérifier.
Le chef de l’État a également fixé à samedi prochain le retour à la normale dans les régions sinistrées. Les ministères concernés devront rétablir l’approvisionnement en eau, en gaz et en électricité, réparer les réseaux endommagés et reloger rapidement les familles privées d’habitation. Cette échéance spectaculaire répond à l’urgence sociale, mais elle paraît davantage dictée par la communication présidentielle que par une évaluation publique de l’ampleur réelle des destructions.
La réponse prend surtout un tournant sécuritaire. Tebboune a demandé une révision du Code pénal avant le 15 septembre afin de permettre l’application de la peine capitale aux auteurs d’incendies volontaires. Cette annonce intervient pourtant avant que les autorités aient présenté des preuves sur l’origine criminelle des feux ou établi la part respective des facteurs humains, climatiques et institutionnels. En désignant déjà les incendiaires comme cible principale, le pouvoir risque de substituer la recherche de coupables à l’examen des défaillances de prévention et d’intervention.
La création annoncée d’un centre d’experts chargé de revoir les normes d’habitat et d’aménagement dans les zones exposées confirme, en creux, que les dispositifs existants n’ont pas permis d’anticiper suffisamment la catastrophe. Aucun bilan critique n’a été présenté sur la surveillance des forêts, l’entretien des zones à risque, les moyens de la Protection civile ou la coordination entre les administrations.
La formule présidentielle selon laquelle l’Algérie «renaîtra toujours de ses cendres» transforme enfin une catastrophe humaine en récit de résistance nationale. Mais les sinistrés attendent moins des slogans que des indemnisations traçables, une enquête indépendante et une politique de prévention capable d’éviter que les mêmes promesses soient répétées après chaque été meurtrier.
MK/te/APA







