Chose promise, chose affichée : moins de trois semaines après le coup d’envoi donné à Constantine, les premiers chantiers d’Aadl 3 ont été ouverts dans sept wilayas, pour un total annoncé de 17 600 logements en cours de réalisation. Pour les autorités, ces coups de pelleteuse successifs prouvent que la troisième phase du programme location-vente « avance à vitesse V ». Mais derrière les images optimistes, les mêmes questions reviennent : l’agenda est-il réellement tenable, et les moyens mobilisés suffiront-ils à combler une demande qui explose ?
Selon l’Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement, les nouveaux sites vont de Constantine (8 050 unités) à Ouargla, Saïda, Médéa, Tébessa, Mascara et Laghouat. Cette dispersion géographique donne une impression de dynamique nationale, mais elle révèle aussi un chantier tentaculaire, dépendant d’une coordination technique et administrative souvent critiquée lors des deux premières phases du programme. Les délais de livraison, qui ont longtemps été le point noir d’Aadl, restent l’inquiétude majeure des souscripteurs.
Le directeur général de l’Aadl, Riyad Guemdani, évoque la possibilité de livrer des logements dès l’année prochaine, une projection qui, pour nombre d’observateurs, relève davantage de l’affichage politique que d’une véritable capacité opérationnelle. Le président Tebboune a en effet fait du logement un pilier de son second mandat, promettant deux millions d’unités d’ici 2029, dont 300 000 pour Aadl dans la loi de finances 2026.
Une ambition massive, dans un contexte budgétaire dépendant des fluctuations du marché énergétique et d’un secteur du BTP fragilisé par les retards de paiement et les faillites successives d’entreprises.
L’intérêt de la population reste immense : plus de 1,5 million d’inscriptions ont été enregistrées à l’été 2024, dont plus d’un million de dossiers acceptés. Cette ruée démontre surtout l’absence d’alternatives accessibles pour une classe moyenne étranglée par l’envolée des prix immobiliers et des loyers. Depuis vingt ans, Aadl joue le rôle de soupape sociale, mais chaque nouvelle phase crée son lot d’espoirs… et de frustrations.
Les autorités mettent en avant l’expérience des responsables en charge du programme, notamment Mohamed Tarek Belaribi, devenu figure emblématique depuis la livraison express de 13 300 logements à Sidi Abdallah. Il promet aujourd’hui une organisation du travail en 3×8 pour éviter les retards.
Mais cette production « industrielle » du logement soulève une autre question : la rapidité peut-elle garantir la qualité ? Les réserves formulées sur certains sites Aadl, du manque d’équipements publics à la dégradation prématurée des infrastructures, rappellent que la livraison n’est pas une fin en soi.
Si Aadl 3 symbolise la volonté du chef de l’État d’offrir un logement à une nouvelle génération d’Algériens, il met aussi en lumière les défis persistants d’un modèle basé sur la promesse politique plutôt que sur une réforme structurelle du marché immobilier.
MK/AK/Sf/APA






