La commémoration de l’offensive du Nord-Constantinois et du Congrès de la Soummam d’août 1956 a donné lieu à de nouveaux appels à l’unité nationale, sans dissiper les contradictions politiques qui fragilisent aujourd’hui l’Algérie.
Soixante-dix ans après le Congrès de la Soummam et soixante et onze ans après l’offensive du Nord-Constantinois, l’Algérie a célébré, jeudi 20 août, deux étapes décisives de sa guerre d’indépendance. À Ifri Ouzellaguen, dans la wilaya de Béjaïa, une cérémonie officielle présidée par le ministre des Moudjahidine, Abdelmalek Tacherift, a réuni anciens combattants, responsables politiques et citoyens autour d’un récit exaltant la révolution et les sacrifices consentis pour la souveraineté nationale.
Mais derrière l’unanimisme commémoratif, les prises de parole ont aussi révélé le fossé persistant entre l’héritage politique de la Soummam et le fonctionnement actuel du pays. Le congrès de 1956 avait notamment cherché à structurer la lutte de libération, à organiser les institutions révolutionnaires et à consacrer la primauté du politique. Sept décennies plus tard, cette référence reste régulièrement invoquée, alors que la participation citoyenne, la pluralité politique et la capacité des partis à peser réellement sur les décisions demeurent au cœur des interrogations.
Présent à Ifri Ouzellaguen, le Front des forces socialistes (FFS) a appelé les Algériens à dépasser leurs différences autour d’un socle commun fondé sur l’indépendance, la liberté et la démocratie. Son premier secrétaire national, Youcef Aouchiche, a invité le pays à « retrouver le sens profond de son histoire ». Ce discours prend une tonalité critique implicite : si l’indépendance a été conquise, la démocratie évoquée par le parti d’opposition reste présentée comme une construction inachevée plutôt que comme un acquis consolidé.
Le FLN, le Front El Moustakbal et le Mouvement El Bina ont, de leur côté, privilégié une rhétorique plus consensuelle, centrée sur l’héroïsme révolutionnaire, la souveraineté et la cohésion nationale. Aucun de ces partis n’a toutefois avancé de propositions précises permettant de traduire cet héritage dans les institutions, la gouvernance publique ou le renouvellement du système politique. La célébration apparaît ainsi comme un exercice de mémoire maîtrisé, où l’invocation du passé tend à remplacer le débat sur les difficultés du présent.
Le double anniversaire du 20-Août demeure un repère majeur de l’histoire algérienne. Mais sa répétition cérémonielle montre aussi les limites d’un pouvoir politique qui continue de puiser une part essentielle de sa légitimité dans la guerre de libération. Pour rester vivant, l’héritage de la Soummam devrait désormais se mesurer moins à la solennité des commémorations qu’à la capacité de l’Algérie à concrétiser les principes politiques qu’elle célèbre.
MK/AK/Sf/APA







