Le grand mufti de Libye, Sadiq al-Gharyani, a fustigé le Pakistan pour avoir accepté de fournir des armes au chef militaire de l’Est libyen, Khalifa Haftar, dans le cadre d’un accord évalué à plusieurs milliards de dollars. Cette prise de position marque l’une des condamnations religieuses les plus virulentes visant un partenariat militaire étranger impliquant la Libye, depuis la mise en place de l’embargo onusien.
S’exprimant lors de son émission hebdomadaire de fatwas sur Tanasuh TV, le mufti a accusé Islamabad d’agir en parfaite connaissance de cause. Selon lui, le Pakistan, « l’un des plus grands pays musulmans au monde », ne peut ignorer que ces armes seraient utilisées pour « tuer des innocents » et alimenter des conflits non seulement en Libye, mais aussi au Soudan, où Haftar est régulièrement accusé d’ingérences indirectes.
Dans un discours au ton particulièrement sévère, Sadiq al-Gharyani a estimé que cet accord révélait une rupture totale avec les principes de fraternité islamique. Il a dénoncé un comportement guidé, selon ses termes, « ni par la religion, ni par la responsabilité légale, ni même par l’humanité », mais par « la cupidité et la soif d’argent », quitte à verser « le sang de frères musulmans ». Une rhétorique qui s’inscrit dans la critique constante du mufti envers les soutiens régionaux et internationaux de Haftar.
Le religieux a également mis en cause le rôle de la mission des Nations Unies en Libye, s’interrogeant sur son silence face à un accord qu’il considère comme une violation flagrante de l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité. Il a appelé le gouvernement libyen reconnu à Tripoli à convoquer l’ambassadeur du Pakistan et à le « réprimander officiellement » pour cette transaction.
Selon les informations évoquées par le mufti, l’accord porterait sur plus de 4 milliards de dollars et inclurait la vente d’avions de chasse JF-17, ainsi que des équipements militaires terrestres, navals et aériens. Un tel volume, s’il était confirmé, constituerait l’un des plus importants contrats d’armement conclus avec une faction libyenne depuis le début du conflit.
En filigrane, cette dénonciation met une nouvelle fois en lumière la fragilité du régime de sanctions internationales et l’écart persistant entre les engagements diplomatiques affichés et les pratiques réelles des États impliqués dans le dossier libyen.
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