À l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016, l’économie reposait encore largement sur l’exportation de matières premières agricoles peu transformées localement. Pour l’année 2025, le Bénin annonce la transformation de près de 50 000 tonnes de noix de cajou, contre environ 13 000 il y a encore cinq ans.
Le cap franchi par le Bénin dans la transformation de l’anacarde est le résultat d’une stratégie visant à structurer les filières agricoles, à améliorer la stabilité pour les opérateurs du secteur agricole et remonter la chaîne de valeur pour en faire une filière stratégique.
Dès 2016, la modernisation des filières agricoles est alors intégrée au Programme d’actions du gouvernement, avec un accent particulier mis sur la transformation locale et la montée en gamme des productions.
La réforme du cadre de commercialisation, la professionnalisation progressive des organisations de producteurs et la mise en place de mécanismes de traçabilité ont contribué à structurer la filière cajou sur la durée.
Dans ce contexte, la filière anacarde apparaît aujourd’hui comme l’un des secteurs où la transformation est la plus perceptible, à la croisée des enjeux agricoles, industriels et d’attractivité économique du pays.
La transformation locale en nette progression
Entre 2020 et 2025, les capacités locales ont été multipliées par près de quatre, traduisant une accélération significative pour une filière historiquement tournée vers l’exportation brute.
Ce volume reste encore en deçà de celui de la Côte d’Ivoire, dont les capacités de transformation dépassent les 600 000 tonnes, mais la trajectoire béninoise témoigne d’une progression rapide qui repositionne progressivement le pays parmi les moteurs de la transformation en Afrique de l’Ouest.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte continental marqué par un paradoxe persistant. Si l’Afrique assure plus de la moitié de la production mondiale de noix de cajou, seule une part encore marginale, inférieure à 10 %, y est transformée localement, ce qui réduit significativement la valeur ajoutée conservée par les économies productrices.
La montée en puissance des capacités industrielles répond ainsi à un objectif économique clair, celui d’augmenter la part de valeur ajoutée générée sur le territoire, tout en réduisant la dépendance aux fluctuations des prix des matières premières.
Elle s’inscrit également dans une évolution observée à l’échelle de la sous-région, où plusieurs pays producteurs cherchent désormais à renforcer la transformation locale afin de stabiliser les revenus agricoles et de favoriser l’émergence d’emplois industriels.
Structuration industrielle de la filière
L’essor de la transformation s’appuie largement sur la montée en puissance de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Cette plateforme concentre une part importante des investissements récents dans l’agro-industrie et constitue aujourd’hui le principal pôle de transformation du cajou dans le pays.
Les infrastructures logistiques et industrielles qui y ont été développées permettent de transformer les noix brutes en amandes destinées à l’exportation, renforçant la compétitivité du pays sur les marchés internationaux.
Ce positionnement s’inscrit dans une stratégie plus large visant à favoriser l’industrialisation des productions agricoles. La transformation locale permet non seulement d’augmenter les recettes d’exportation, mais aussi de structurer des chaînes d’approvisionnement plus intégrées, depuis la production jusqu’à l’exportation de produits semi-finis ou finis.
Dans le cas béninois, la progression rapide des volumes transformés témoigne d’un changement d’échelle, rendu possible par la combinaison d’investissements industriels, d’incitations publiques et d’un environnement réglementaire plus stable pour les opérateurs économiques.
Encadrement du marché et enjeu de consolidation
La progression industrielle s’accompagne d’un encadrement plus structuré de la commercialisation. Pour la campagne 2025-2026, les ministères en charge de l’Agriculture et du Commerce ont fixé la période officielle de commercialisation entre le 6 février et le 30 septembre 2026, tout en autorisant les industriels à s’approvisionner directement auprès des producteurs.
Cette disposition vise à fluidifier les échanges et à sécuriser l’approvisionnement des unités de transformation, dans un secteur où la prévisibilité des règles constitue un facteur déterminant pour les investissements. L’interdiction de l’exportation de noix brutes, entrée en vigueur en 2024, s’inscrit dans cette logique de sécurisation de la matière première pour les industriels locaux, même si elle continue de susciter des ajustements au sein de la filière.
La dynamique observée depuis 2016 ouvre désormais de nouvelles perspectives pour la filière. L’augmentation des volumes transformés invite à poursuivre les efforts engagés en matière de productivité agricole, d’accès au financement pour les producteurs et de renforcement de la compétitivité face aux évolutions du marché international.
Dans un environnement économique en recomposition, la capacité du Bénin à consolider ces acquis pourrait permettre à la filière cajou de s’affirmer durablement comme l’un des leviers de diversification du pays, en combinant montée en puissance industrielle, stabilité du cadre économique et intégration progressive dans les segments les plus rémunérateurs du commerce international.
AP/Sf/APA







