Les systèmes de paiement instantané (SPI) ont traité près de 2 000 milliards de dollars de transactions selon le rapport SIIPS 2025 publié par AfricaNenda Foundation et consulté par APA ce jeudi.
Le continent africain poursuit sa transformation numérique avec une expansion notable de ses systèmes de paiement instantané (SPI), dont le nombre atteint désormais 36 systèmes opérationnels couvrant 31 pays, pour quelque $2 000 milliards traités, selon le rapport SIIPS 2025 publié jeudi par AfricaNenda Foundation.
Le rapport, dont les données couvrent la période de juin 2024 à juillet 2025, évalue les systèmes dont les fonctionnalités et transactions étaient opérationnelles en juin 2025.
Les chiffres témoignent d’une adoption massive des paiements numériques. Le volume total des transactions a bondi à plus de 64 milliards d’opérations en 2024, représentant un taux de croissance annuel moyen de 35 % depuis 2020. La valeur totale des transactions a également progressé de manière significative, passant de 775,5 milliards USD en 2020 à près de 1 981 milliards USD en 2024, soit une croissance annuelle moyenne de 26 %.
Entre 2023 et 2024, les SPI bancaires ont enregistré la progression la plus rapide avec une hausse de 50 % des volumes de transactions, tandis que la valeur de leurs opérations a augmenté de 28 %. Les systèmes multisectoriels ont vu leur valeur transactionnelle croître de 9 %, et les plateformes d’argent mobile de 7 %.

Cinq nouveaux systèmes lancés en un an
L’année écoulée a été marquée par le lancement de cinq nouveaux SPI nationaux entre juillet 2024 et juin 2025: Switch Mobile en Algérie, le Fast Payment Module d’Eswatini Payment Switch en Eswatini, LYPay en Libye, Salon Pement Swich en Sierra Léone et Somalia Instant Payment System en Somalie. Le continent compte désormais 33 systèmes nationaux répartis dans 25 pays, contre 28 systèmes dans 23 pays en juin 2024, auxquels s’ajoutent trois systèmes régionaux.
Quatre des cinq nouveaux systèmes sont des plateformes multisectorielles, autorisant la participation tant des banques que des institutions financières non bancaires. Cette tendance confirme l’orientation vers une interopérabilité élargie. Seize SPI nationaux relèvent désormais de cette catégorie multisectorielle, permettant des transactions entre différents types d’établissements financiers.
À noter également que sept pays (Afrique du Sud, Égypte, Ghana, Kenya, Maroc, Nigéria et Tanzanie) disposent de plusieurs types de SPI en service, dont certains sont interopérables entre eux.
Par ailleurs, l’évaluation selon l’Échelle d’inclusivité AfricaNenda révèle des avancées notables. Quinze systèmes se situent au niveau élémentaire, dix ont atteint le niveau avancé, et pour la première fois, un SPI africain – le système NIP du Nigéria – a franchi le cap du niveau mature, le plus élevé de l’échelle.
Les systèmes de niveau mature remplissent l’ensemble des critères d’inclusivité. Ils couvrent la majorité des cas d’utilisation, opèrent selon des principes non lucratifs ou non déficitaires, et garantissent aux utilisateurs finaux des frais de transaction minimaux.
Cette progression témoigne d’efforts soutenus pour rendre les paiements numériques accessibles à tous. Dix systèmes demeurent toutefois non classés, faute de données suffisantes ou parce qu’ils ne remplissent pas les critères minimaux.
Diversification des services et canaux
L’évolution ne concerne pas seulement le nombre de systèmes, mais aussi l’étendue des services proposés. Les applications mobiles demeurent le canal le plus largement supporté par 33 systèmes, en phase avec la pénétration croissante des smartphones en Afrique subsaharienne, estimée à 54 %.
Les paiements par code QR gagnent également du terrain, tandis que 25 systèmes maintiennent le support USSD pour les téléphones aux fonctionnalités basiques, et 22 systèmes offrent l’accès via la banque en ligne.
Les transferts électroniques de fonds de crédit et la monnaie électronique restent les instruments les plus répandus, chacun supporté par 23 SPI. Quatorze systèmes prennent en charge les transferts de débit, et treize acceptent les instruments de paiement par carte. Un seul SPI, eNaira au Nigéria, prend en charge une monnaie numérique de banque centrale.
Concernant les cas d’utilisation, 35 systèmes prennent en charge les paiements de particulier à particulier (P2P), 27 permettent les paiements de particulier à entreprise (P2B), seize supportent les transactions de gouvernement à particulier (G2P), et quinze autorisent désormais les paiements transfrontaliers.
En 2025, on recense environ 1 800 participants aux SPI, dont 42 % participent directement et 59 % via des mécanismes indirects. Les banques commerciales restent majoritaires parmi les participants directs avec 463 établissements, mais quinze systèmes autorisent désormais la participation d’émetteurs de monnaie électronique et d’institutions de microfinance, élargissant l’accès au-delà du secteur bancaire traditionnel.
Le système NIP du Nigéria concentre à lui seul 39 % de l’ensemble des participants, suivi de GIP au Ghana et de GIMACPAY dans la CEMAC, illustrant les disparités de développement entre les différents systèmes du continent.
Perspectives des utilisateurs: un environnement encore hybride
Une enquête menée entre février et mars 2025 auprès d’utilisateurs en Angola, Côte d’Ivoire, Madagascar et Tunisie révèle que l’adoption des paiements numériques reste inégale. Les paiements de particulier à entreprise sont plus fréquents que les transactions entre particuliers, et dans certains pays comme l’Angola et la Côte d’Ivoire, plus de 70 % des commerçants interrogés ont reçu des paiements numériques dans les deux semaines précédentes.
Toutefois, 75 % des commerçants signalent des obstacles à l’adoption, leurs clients privilégiant encore majoritairement les espèces. Les craintes de fraude, évoquées par 50 à 75% des utilisateurs réticents, les pannes de réseau, le manque de formation et les frais de transaction élevés limitent l’usage durable des paiements numériques.
L’étude identifie cinq profils types d’utilisateurs: l’adepte du tout-numérique, l’utilisateur circonstanciel, le partisan des espèces, le gestionnaire structuré et le commerçant hybride. Même les utilisateurs actifs évoluent dans un environnement hybride, conservant les espèces comme filet de sécurité face à des canaux numériques parfois jugés instables.
Vers une infrastructure publique numérique intégrée

Le rapport souligne le rôle catalyseur des SPI dans la construction d’une infrastructure publique numérique (IPN) complète, reposant sur trois piliers: paiements numériques, identité numérique et échange de données.
Si 36 pays disposent de systèmes d’identité numérique et de législations sur la protection des données, l’intégration de ces composantes dans un écosystème cohérent reste un défi majeur.
Cinq obstacles importants freinent cette intégration: une coordination institutionnelle insuffisante, un déficit d’infrastructures, un manque de capital humain formé, un financement non pérenne et des préoccupations liées à la confidentialité des données.
Les SPI pourraient en outre transformer en profondeur les paiements gouvernementaux. Les programmes de protection sociale africains représentent environ 31 milliards USD de transferts monétaires annuels, soit 70% des dépenses de protection sociale du continent. Pourtant, seuls onze des 36 SPI prennent actuellement en charge les paiements G2P.
Le passage à l’échelle se heurte à des systèmes d’identité fragmentés, à une capacité numérique limitée des gouvernements, à l’absence de normalisation des interfaces de programmation et à des cadres restrictifs pour les fournisseurs non bancaires.
L’interconnexion des SPI pourrait révolutionner les paiements transfrontaliers, offrant des transactions en temps réel à faible coût. Onze systèmes, dont les trois plateformes régionales (GIMACPAY dans la CEMAC, PAPSS à vocation panafricaine, et TCIB dans la CDAA connectant 22 pays), sont déjà capables de traiter ces opérations.
Néanmoins, la généralisation se heurte à des cadres réglementaires fragmentés, notamment en matière de connaissance du client et de lutte contre le blanchiment, à des normes de messagerie incompatibles, à la complexité des mécanismes de change et à une dépendance persistante au dollar américain. L’harmonisation des politiques, l’adoption de standards techniques communs comme ISO 20022 et le règlement en devises locales seront déterminants pour concrétiser ce potentiel.
Recommandations pour accélérer l’inclusivité
Le rapport, fruit d’un partenariat entre AfricaNenda Foundation, le Groupe de la Banque mondiale et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, formule des recommandations ciblées pour chaque groupe d’acteurs.
Les opérateurs de SPI sont invités à collecter des données transactionnelles détaillées ventilées par sexe et par âge, proposer des modèles tarifaires abordables et renforcer la confiance via des fonctionnalités de vérification et de confirmation de transaction. Les régulateurs devraient imposer une collecte de données exhaustive, renforcer les cadres de protection des consommateurs et promouvoir une approche globale de l’IPN.
Les participants aux SPI peuvent investir dans le renforcement des compétences numériques et financières, tandis que les partenaires de développement peuvent faciliter le partage de connaissances et fournir une assistance technique ciblée pour favoriser la participation des acteurs non bancaires.
Malgré les défis persistants, la trajectoire de croissance des systèmes de paiement instantané en Afrique témoigne d’une transformation numérique en pleine accélération, porteuse d’une inclusion financière élargie pour les populations du continent.
AC/Sf/APA






