L’Égypte et la Türkiye ont signé une lettre d’intention destinée à renforcer leur coopération dans le domaine de la défense, nouvelle étape d’un rapprochement engagé après plusieurs années de tensions diplomatiques.
La lettre d’intention entre l’Egypte et la Türkiye, signée par les ministres de la Défense des deux pays, doit servir de cadre à une collaboration accrue entre leurs forces armées et leurs industries militaires. Cette initiative intervient sur fond de multiplication des crises régionales, de Gaza au Soudan, en passant par la Libye, la mer Rouge et la Méditerranée orientale.
Le rapprochement militaire s’était déjà traduit, en 2025, par l’organisation de l’exercice naval conjoint «Mer de l’amitié», le premier en treize ans. La coopération a ensuite été étendue aux forces aériennes, avec des manœuvres organisées en Égypte puis en Turquie, ainsi qu’aux unités des forces spéciales.
L’industrie de défense occupe une place centrale dans cette normalisation. Le groupe turc ASELSAN a annoncé, lors du salon EDEX organisé au Caire en décembre 2025, l’ouverture d’un bureau de représentation en Égypte. Baptisée Aselsan Egypt, cette structure doit répondre aux besoins des forces armées égyptiennes et d’autres clients locaux.
Les deux pays avaient également conclu des accords portant sur la production de véhicules terrestres sans pilote au sein de l’usine égyptienne Kader Advanced Industries, avant d’élargir leur coopération à la fabrication conjointe de drones. Ces projets reposent notamment sur le transfert de technologies, la production locale et la diversification des fournisseurs d’équipements militaires de l’Égypte.
Pour Karam Saïd, spécialiste de la Türkiye au Centre des études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, Ankara cherche à élargir les débouchés de son industrie de défense, tandis que l’Égypte constitue à la fois un marché important et une porte d’entrée vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Le Caire entend, de son côté, renforcer ses capacités dans les drones et les systèmes de lutte antidrones face aux crises qui entourent le pays.
La reprise des relations s’est accélérée après le rétablissement des ambassadeurs en 2023 et les visites réciproques des présidents Recep Tayyip Erdogan et Abdel Fattah al-Sissi. Malgré des intérêts parfois divergents, notamment en Libye et en Méditerranée orientale, les deux capitales affichent désormais une volonté de coordination sur Gaza, le Soudan et la sécurité de la mer Rouge. La portée durable de ce rapprochement dépendra toutefois de sa traduction en projets industriels communs et en mécanismes permanents de concertation.
MK/AK/Sf/APA







