Depuis début août, le président tunisien Kaïs Saïed et ses partisans intensifient leurs attaques contre l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), pilier historique du syndicalisme tunisien.
La tentative d’assaut du siège de l’ UGTT, le 7 août, suivie d’un soutien public du chef de l’État aux manifestants, a ravivé les inquiétudes sur un tournant répressif contre les libertés syndicales en Tunisie.
Le climat social s’est brutalement tendu après cette attaque, qui a marqué une nouvelle étape dans la confrontation ouverte entre la présidence et la centrale syndicale. Kaïs Saïed a évoqué la possibilité de criminaliser certaines actions syndicales, une menace interprétée comme une volonté d’affaiblir l’UGTT, acteur central de la vie sociale et politique tunisienne depuis l’indépendance.
Cette offensive survient dans un contexte de dialogue social rompu et d’autoritarisme renforcé. Depuis son coup de force constitutionnel du 25 juillet 2021, Kaïs Saïed gouverne par décrets, marginalisant partis, Parlement et corps intermédiaires. Après avoir réduit au silence l’opposition politique et intensifié la pression sur les journalistes, le chef de l’État s’en prend désormais au syndicalisme organisé.
Face à cette dérive, plusieurs organisations syndicales françaises — CFDT, CGT, Unsa, Solidaires et FSU — ont condamné mercredi « une campagne d’intimidation contre l’UGTT » et exprimé leur solidarité avec leurs homologues tunisiens. Dans un communiqué commun, elles appellent le gouvernement français et l’Union européenne à dénoncer ces atteintes aux libertés fondamentales et à revoir leur soutien au mémorandum UE–Tunisie.
L’UGTT, fondée en 1946 et co-lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2015 pour son rôle dans la transition démocratique post-révolution, reste une force incontournable dans le pays. Elle a annoncé l’organisation d’un grand rassemblement le 21 août pour défendre la liberté syndicale et rappeler son rôle de contre-pouvoir social.
Les syndicats français soulignent que les autorités tunisiennes sont tenues, en vertu des conventions internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT), de respecter la Convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, ainsi que la Convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective.
La confrontation entre Kaïs Saïed et l’UGTT illustre une nouvelle étape du durcissement du régime, où la remise en cause des acquis démocratiques se double désormais d’une offensive contre les libertés syndicales, dernier bastion de résistance au pouvoir présidentiel.
MK/Sf/ac/APA






