À l’occasion du quinzième anniversaire de la révolution tunisienne, l’ancien président Moncef Marzouki estime que le soulèvement populaire de 2011 n’a pas atteint ses objectifs, dénonçant un retour autoritaire et l’échec du processus démocratique.
La Tunisie a commémoré, mardi 17 décembre, le quinzième anniversaire de la révolution dite du Jasmin, déclenchée en décembre 2010 à Sidi Bouzid par l’immolation du jeune vendeur ambulant Mohamed Bouazizi. Quinze ans après la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali, renversé par une mobilisation populaire inédite, l’ancien président tunisien Moncef Marzouki a livré un jugement sans appel sur l’issue du processus révolutionnaire, affirmant que « la révolution a complètement échoué ».
Dans un entretien accordé à RFI, Moncef Marzouki, premier président élu démocratiquement après la révolution et aujourd’hui en exil, a estimé que les espoirs portés par le soulèvement de 2011 ont été progressivement anéantis. Selon lui, la Tunisie se trouve désormais « dans une situation pire que celle d’avant la révolution », marquée par un recul des libertés publiques, une concentration du pouvoir et une crise socio-économique persistante.
La révolution tunisienne avait éclaté dans un contexte de chômage massif, de marginalisation des régions intérieures et de répression politique sous le régime de Ben Ali. L’immolation de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, avait cristallisé un profond malaise social et déclenché une vague de manifestations qui, en moins d’un mois, avaient conduit à la fuite du président. Le mouvement avait rapidement dépassé les frontières tunisiennes pour inspirer une série de soulèvements dans le monde arabe, connus sous le nom de « Printemps arabe ».
Pour Moncef Marzouki, la transition engagée après 2011 n’a pas permis de bâtir des institutions solides et durables. Il pointe notamment les compromis politiques fragiles, les blocages institutionnels et l’incapacité des élites à répondre aux attentes sociales comme autant de facteurs ayant fragilisé l’expérience démocratique.
« Les causes profondes de la révolution n’ont jamais été traitées », a-t-il déclaré, évoquant la pauvreté, les inégalités régionales et la corruption.
L’ancien chef de l’État a également dénoncé l’évolution politique récente du pays sous la présidence de Kaïs Saïed, au pouvoir depuis 2019. Il considère que la concentration des pouvoirs opérée par le chef de l’État, notamment depuis la suspension du Parlement en 2021 et la réforme constitutionnelle de 2022, a mis fin aux acquis démocratiques de la période post-révolutionnaire. La Tunisie est, selon lui, dirigée « d’une main de fer », dans un climat de restriction des libertés et de marginalisation de l’opposition.
Malgré ce constat pessimiste, Moncef Marzouki affirme que l’esprit de la révolution n’est pas définitivement éteint. Il estime que les frustrations sociales et économiques demeurent intactes et pourraient, à terme, nourrir de nouvelles mobilisations.
Quinze ans après Sidi Bouzid, le bilan de la révolution tunisienne apparaît ainsi profondément contrasté, entre espoirs déçus et interrogations persistantes sur l’avenir politique du pays.
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